René Ndemezo'Obiang : "La vie politique d’un pays n’est pas statique, elle est plutôt dynamique"

René Ndemezo'Obiang : "La vie politique d’un pays n’est pas statique, elle est plutôt dynamique"

Quelques heures après sa déclaration politique du samedi dernier, au cours de laquelle, le Premier secrétaire de Démocratie nouvelle (DN) a annoncé la fusion-absorption de son parti avec le Parti démocratique gabonais (PDG), René Ndemezo'Obiang s'est prêté à nos questions. Occasion pour l'ancien député PDG de Bitam, dans le Woleu-Ntem, d'approfondir sa pensée et de tenter de mieux expliquer sa démarche. Non sans répondre à plusieurs interrogations qui taraudent les esprits des uns et des autres. Lecture.

L'Union. Monsieur le Premier secrétaire de Démocratie nouvelle (DN), vous venez d’annoncer la fusion-absorption de votre parti politique avec le Parti démocratique gabonais (PDG). Répondant, selon vous, à une invite du Président Ali Bongo Ondimba qui date de quelques jours seulement. Cela ne vous paraît-il pas un peu facile ?

René Ndemezo'Obiang : Je suis convaincu, et vous aussi sans doute je l’espère, que le président de la République suit au quotidien l’évolution de notre démocratie. Il m’a en effet interpellé à ce sujet et il m’appartenait de rapidement consulter les instances de mon parti pour y répondre en y accordant toute son importance.

DN, avez-vous rappelé, est attaché entre autres aux valeurs de concertation et de dialogue. Dans cette logique, n’aurait-il pas été plus démocratique qu’une telle décision soit prise dans le cadre d’un congrès  extraordinaire par exemple ? Ne serait-ce par respect pour vos militants ?

Après avoir consulté les instances dirigeantes de notre parti, nous avons estimé qu’il ne fallait pas attendre des mois ni trop longtemps pour répondre au président de la République. La réponse que nous avons faite obéit aux textes et procédures de notre parti.

Comment entendez-vous finalement consacrer l’acte de décès de DN et avoir l’avis de vos militants désormais mis devant le fait accompli ?

Il est évident que ce nouveau positionnement du parti sera expliqué aux organes locaux et aux militants afin qu’ils se l’approprient et le défendent avec arguments. Nous allons entamer dès les tout prochains jours une tournée nationale et même à l’extérieur dans ce sens.

Dans votre déclaration du 3 avril dernier, vous avez dit que "les modalités de cette fusion seront fixées d’accord parties". Qu’est-ce qui peut alors justifier votre "empressement" de rendre publique la décision de cette fusion ?

Il n’y a eu aucun empressement. Comme je l’ai dit tantôt, il s’agissait pour Démocratie nouvelle de répondre dans des délais raisonnables à la question soulevée lors de l’audience que le président de la République m’a accordée.

Certains analystes et autres observateurs de la vie politique nationale y voient opportunisme et ambition personnelle, au moment où l’on parle de plus en plus d’un remaniement du gouvernement et surtout de la nomination d’un nouveau vice-président de la République. Que leur répondez-vous ?

Au cours de l’audience que le président de la République a bien voulu m’accorder, il n’a nullement été question de remaniement du gouvernement ou de nomination d’un vice-président de la République. Vous pouvez noter, comme moi, que cette audience a eu lieu bien avant la publication de l’interview qu’il a accordée au journal Jeune Afrique au cours de laquelle il annonce entre autres la nomination prochaine d’un vice-président de la République.

Vous lancez un appel aux partis politiques, aussi bien ceux présents au Dialogue politique d’Angondjé que les autres l’ayant boycotté, à intégrer les grands ensembles pour "crédibiliser notre démocratie". Dans cette logique, il ne vous aurait-il pas été suffisant d’intégrer la Majorité républicaine et sociale pour l’émergence qui soutient la politique du président Ali Bongo Ondimba ?

Seule la problématique de la fusion était à l’ordre du jour lors de l’audience que le président a bien voulu m’accorder et non celle d’entrer dans la Majorité républicaine.

Il y a quelques années vous quittiez le PDG avec fracas, lui reprochant pas mal de griefs. Le président Ali Bongo Ondimba en était déjà le "Distingué camarade Président". Qu’est ce qui aujourd’hui a changé pour que vous y reveniez avec armes et bagages et, n’ayons pas peur des mots, non sans une certaine précipitation ?

Je vous répète qu’il n’y a pas de précipitation. La vie politique d’un pays n’est pas statique, elle est plutôt dynamique. De 2015, année de ma sortie du PDG à 2021 où nous parlons de fusion entre Démocratie nouvelle et le PDG, bien d’évènements se sont succédé. Il y a eu notamment le Dialogue politique d’Angondjé. Lequel a consacré un certain nombre de réformes institutionnelles et du système électoral qui ont consolidé notre démocratie et ramené la paix dans le pays. Ce, grâce à la volonté du président de la République et l’implication des nombreux acteurs politiques qui ont pris part à ces assises dont moi-même. Voilà ce qui a changé et qui est à inscrire à l’actif de notre démocratie.

"Ce n’est pas parce qu’on vous respecte que l’on a peur de vous". On se souvient encore de cette phrase de votre discours de démission du PDG, il y a quelques années. Ne craignez-vous pas que vos "anciens-nouveaux camarades", vous la rétorquent aujourd’hui ?

Vous évoquez peut-être là l’éventualité d’un esprit de méfiance et de suspicion qui pourrait animer certains de nos anciens-nouveaux camarades, pour reprendre votre formulation. Il s’agit là des états d’âme et des émotions. Or, nous ne pouvons pas construire l’avenir d’un pays avec ce type de sentiments. Ce que nous avons construit pour ce pays avec le PDG est bien plus fort que ce qui peut nous diviser.

En politique, dit-on, qui a bu boira. Hier nombreux au sein du PDG vous ont traité de "traître". Ne craignez-vous pas que, se souvenant de votre départ de leurs rangs, ils vous regardent toujours comme "un traître" ?

Vous revenez sur les aspects relationnels par rapport à mon retour au sein du PDG. Tout ceci est subjectif et marginal par rapport aux objectifs à atteindre, c'est-à-dire bâtir un espace démocratique crédible, préserver la paix et accompagner le président de la République dans son œuvre de construction nationale.

Votre retour au PDG devrait conduire à une nouvelle distribution des cartes, surtout dans le Woleu-Ntem, votre province d’origine. Quelle place entendez -vous occuper dans cette nouvelle donne ?

Il ne me revient pas d’en décider.

Vous avez lancé un appel à vos frères et sœurs héritiers sur le plan politique d’Omar Bongo Ondimba qui, pour des raisons diverses, ont quitté le PDG à revenir. Que dites-vous de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont été écartés par le PDG et ses nouveaux dirigeants ?

Notre appel s’adresse justement à tous ceux qui sont animés de bonne volonté pour accompagner le président de la République, en faisant fi des frustrations et des divergences du passé.

D’aucuns pensent que votre retour au PDG est également la conséquence de votre échec de faire de DN un parti politique à vocation nationale, présent dans toutes les provinces. Que leur répondez-vous ?

Nous n’avons pas le sentiment d’avoir échoué. Démocratie nouvelle a 4 ans d’existence et est bien représenté au sein des collectivités locales et au sein du Parlement, ce qui n’est pas négligeable pour un jeune parti. Mais nous optons de fusionner avec le PDG pour privilégier la vitalité de notre démocratie et le Gabon.

Monsieur le Premier secrétaire, vous avez posé une question pertinente dans votre déclaration de samedi : "Quel modèle démocratique sommes-nous en train de construire pour les générations futures ?". Que répondriez-vous si cette question vous était retournée ?

Notre conviction est qu’il nous faut une démocratie plurielle, vivante basée sur la confrontation des idées mais au sein de grands ensembles représentatifs de la Nation. Dans mon propos du 3 avril, j’ai dit que les partis politiques doivent transcender les microcosmes communautaires et culturels.



Propos recueillis par



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