L'Union. Un an après la fin du partenariat entre la CNNII et Ebomaf, et depuis la reprise en main de l'outil par l'État gabonais, quel bilan faites-vous de la situation actuelle de la compagnie ?
-Alexis Mpiga Okoumba : La décision de ramener la CNNII dans le giron de l'Etat découle de la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il vise la réhabilitation de la souveraineté économique et le transport fluvial et maritime est un maillon du système. À mon arrivée en 2024, le diagnostic a été lancé et il révélait un arrêt complet. Aucun navire, pas de recettes, aucun état financier certifié depuis cinq ans, aucun cadre juridique, zéro outil de gestion. La dette sociale comptait 17 mois d'arriérés de salaires. C'est abyssal. A cela s'ajoutaient une dette fournisseurs floue, la perte de confiance des partenaires, un climat social dégradé et une désorganisation administrative totale. Des marins brevetés restaient à terre. Des agents venaient au bureau sans travailler. Des chefs de famille attendaient leurs paies. L'absence de liaisons isolait nos concitoyens de l'intérieur, augmentait les prix des marchandises et rendait les trajets dangereux.
Nous devons agir pour eux. L'exploitation a repris en février 2026. L'affrètement de l'Elobey VI relie Libreville à Port-Gentil pour le fret. En cinq mois, nous comptons 58 rotations et près de 13 000 unités transportées. Depuis cette date, les commerçants expédient à coûts maîtrisés et les entreprises trouvent une alternative à la route. Chaque franc qui rentre dans nos caisses finance les salaires et la flotte. L'argent reste au pays. La relance est effective, mais elle n'est pas achevée. Même si l'entreprise a retrouvé son existence juridique, nos moyens demeurent insuffisants et nous continuons, avec l'ensemble des équipes, à améliorer l'organisation.
La tutelle vous a-t-elle fixé des orientations précises pour rendre la CNNII plus compétitive et en faire un pilier du transport de marchandises, voire de passagers ? Disposez-vous aujourd'hui des moyens nécessaires pour les mettre en oeuvre ?
-Le cap vient du chef de l'État, Brice Clotaire Oligui Nguema, et du ministre d'État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi. Le plan TSALACH et la Mission XXL visent à faire de la compagnie un acteur africain majeur. Cinq missions nous guident. Nous devons assurer la continuité territoriale, réduire les coûts logistiques contre la vie chère, soutenir le développement d'un armement national, favoriser le commerce sous-régional et soutenir le désenclavement du territoire. Le fret fluvial et maritime contribue à lutter contre la cherté de la vie, en atténuant les difficultés et le nombre d'intermédiaires. En rétablissant une offre nationale, régulière et compétitive, nous agissons directement sur le prix des produits de première nécessité. Car un navire transporte en une fois la charge de dizaines de camions. Nos tarifs ont été étudié et permettent de desservir Cocobeach, Kango, Ndjolé, Bifoun, Ngomo, Omboué , Gamba, Sainte-Anne, Mayumba, Tchibanga, Booué, Makokou, Mouila, Lambaréné et d'autres localités. Même certaines lignes non rentables seront assurées parce que c'est notre devoir. Les moyens manquent encore et cela ne nous a pas empêché de formuler notre méthode : affréter les unités, prouver la viabilité d'un secteur, puis acheter sur la base des résultats. Cette méthode a fait ses preuves sur la ligne Libreville-Port-Gentil, et nous l'étendons au transport d'agrégats et au transport de passagers. Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 nous a accordé le statut d'établissement public à caractère industriel et commercial. Nous négocions désormais des financements avec les banques, soutenus par notre tutelle.
Le personnel de la CNNII a longtemps dénoncé des retards de salaire, un manque de moyens de travail et des conditions difficiles. Peut-on dire que cette période appartient désormais au passé ?
-Ce serait faux de dire que cela est derrière nous. Les griefs des agents étaient fondés. Attendre 17 mois de salaire est inacceptable. Les agents restés en poste méritent la reconnaissance nationale et non des reproches. Je comprends aussi ceux qui sont partis ailleurs pour nourrir leur famille. Maintenant, il faut que j'explique ce qui a été fait pour ramener un peu de sérénité. En février 2026, il y a eu la reprise de l'exploitation via l'Elobey VI pour financer les paies. Le 25 juin 2026, un texte de création de la Compagnie a été adopté en Conseil des ministres. Du 27 juin au 30 juillet 2026, trois mois de salaires ont été versés. En juillet 2026, une convention entre l'État et la compagnie pour la prise en charge de 22 mois d'arriérés (5 mois de 2025-2026 et 17 mois de 2019-2023) a été signée. L'État a validé cette dette sociale. Les démarches d'exécution budgétaire suivent leur cours. L'unité affrétée navigue avec son propre équipage.
Notre personnel navigant, qui compte trente-huit agents brevetés, n'est donc pas encore embarqué. C'est la raison pour laquelle nous avons arrêté un plan de formation des équipages nationaux pour assurer leur réintégration progressive à bord. L'objectif consiste à armer nos navires par des marins gabonais. Le règlement du passif conditionne la relance. La majorité des agents travaille à Libreville, Port-Gentil, Lambaréné et Mayonami. Lors du 17 août dernier, le personnel s'est rassemblé pour célébrer la Fête de l'Indépendance et a confirmé l'image d'une maison qui se relève. Une minorité persiste néanmoins à bloquer les activités. Ce blocage impacte les recettes de l'entreprise. Sans exploitation, la compagnie ne produit pas les salaires. Le dialogue, et donc notre porte, reste ouvert avec les représentants légitimes. Le chemin passe par la reprise du travail, sans sanction. La destination est claire. Seuls ceux qui embarquent avanceront.
Quels progrès concrets peut-on constater aujourd'hui par rapport à la situation antérieure ?Qu'est-ce qui a véritablement été amélioré ?
-Cinq progrès ressortent. L'exploitation a repris sur la ligne Libreville-Port-Gentil en alliant sûreté, rapidité, conformité et ponctualité. Les données financières et d'exploitation sont enfin suivies mois par mois. Ce qui est le signe d'une transparence et d'une gestion saine. Le statut juridique d'établissement public est posé. Le texte fixe notre monopole sur le fret par voie d'eau et un droit prioritaire sur les activités connexes. L'État a pris en charge la dette sociale. Des professionnels renforcent l'exploitation, la technique, le commercial et les finances. Les recrutements suivront les besoins réels. Nous avons stoppé les réseaux clandestins d'expéditions de colis entre Libreville et Port-Gentil. Les chantiers qui restent ouverts sont liés à la certification des comptes, l'acquisition de navires et la consolidation de notre organisation.
Quelles sont vos ambitions pour la CNNII à court, moyen et long termes ?
-À court terme, il s'agit de solder la dette sociale, certifier nos comptes, équiper nos bases à quai et étendre nos lignes au transport d'agrégats, entre Makora et Libreville, ainsi qu'aux passagers. Nous visons aussi la logistique des secteurs miniers et pétroliers. À moyen terme, nous voulons acquérir notre propre flotte et faire naviguer nos marins. L'affrètement valide le besoin avant l'achat. À long terme, il est question de bâtir un armement national moderne, viable et diversifié comme le veut le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. La Mission XXL doit positionner la CNNII à l'échelle continentale. Pour que demain, nos citoyens voyagent au prix juste. Les producteurs expédieront leurs marchandises sans tout perdre en transport. Nos marins navigueront sous pavillon gabonais. La reconstruction de l'entreprise se poursuit sous la Ve République. Comme le dit le ministre d’Etat : "L’échec n’est pas une option".
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