Publiée le 8 avril 2026, l'ordonnance n° 0011/ PR/2026 du 26 février 2026 réglemente les réseaux sociaux via les plateformes numériques en République gabonaise. Mais que disent concrètement les 55 articles du texte ? Qu'est-ce qui change pour les internautes ? Dans la pratique, comment cela va-t-il se passer ?
Le premier grand changement réside dans l'accès aux services. L'article 4 impose désormais à toute personne physique de décliner son nom, son domicile et son Numéro d'identification personnel le (NIP) pour utiliser une plateforme. Une mesure qui signe la fin de l'anonymat de façade et permet une traçabilité totale des actions en ligne. Parallèlement, les fournisseurs des services ont l'obligation technique de vérifier l'identité de leurs utilisateurs résidant au Gabon.
Autre fait marquant, le texte durcit le régime des responsabilités. L'article 6 stipule ainsi que l'utilisateur est le premier responsable de ses contenus et doit donc les modérer. Plus innovant encore, une "responsabilité solidaire" est instaurée (articles 8 et 9) pour ceux qui participent à l'amplification d'un contenu illicite via des partages ou des "likes" massifs.
Pour les groupes (WhatsApp, Facebook, etc.), l'article 11 transforme les administrateurs en véritables agents de "police privée". Ils peuvent désormais être poursuivis s'ils ne modèrent pas ou ne signalent pas les dérives de leurs membres.
Le chapitre VII s'attaque frontalement aux contenus synthétiques avec un encadrement de l'Intelligence artificielle (IA). Toute chose qui fait du Gabon un pionnier en la matière. Ainsi, précise cette ordonnance, l'usage de l'IA doit désormais être transparent. Tout contenu généré par algorithme doit porter une mention explicite et indélébile.
Les deepfakes (hypertrucages) visant à nuire à la dignité humaine ou à manipuler l'opinion sont formellement proscrits, de même que l'usurpation d'identité par IA devient une circonstance aggravante (article 52).
Autre grosse innovation : la majorité numérique est fixée à 16 ans (article 16). En deçà, l'accès aux réseaux sociaux nécessite une autorisation parentale certifiée. Les articles 19 et 21 imposant même aux plateformes des filtres de vérification d'âge pour bloquer l'accès des mineurs aux contenus pornographiques ou ultra-violents. Un mécanisme de signalement rapide pour les victimes de cyberharcèlement devient également obligatoire.
Autre nouveauté, le "référé numérique". Pour stopper la viralité des contenus dangereux, l'article 39 institue donc ce que le texte nomme "référé numérique". Une procédure d'urgence qui permet au juge d'ordonner en seulement 24 heures le retrait d'un contenu, le déréférencement d'un site ou la suspension d'un compte. De même, un droit de réponse est instauré. Tout éditeur doit publier une rectification sous 48 heures en cas de mise en cause.
Le volet répressif n'est pas en reste. Et il est lourd aussi. Ainsi les amendes peuvent atteindre 50 millions de FCFA pour les hébergeurs défaillants, assorties de peines de prison ferme pour les atteintes à la sûreté de l'État ou l'incitation à la haine. Les opérateurs disposent toutefois d'un délai de 12 mois (article 53) pour adapter leurs outils technologiques à ces nouvelles exigences. Le cadre juridique est donc tracé. En durcissant ainsi le ton, le Gabon mise sur une sorte de "salubrité numérique" accrue. Mais cette surveillance étroite, qui marque la fin de l'impunité numérique ne risque-t-elle pas de brider l'expression citoyenne au profit d'une autocensure généralisée ? Autre chose, l'État gabonais et les géants de la tech (meta, tiktok, X…) parviendront-ils à s'accorder sous 12 mois ? Wait and see !
A noter par ailleurs que cette ordonnance est accompagnée d'autres cadrant avec le même objectif. Parmi celles-ci, l'ordonnance réorganisant la Haute autorité de la communication (HAC), etc. (lire par ailleurs).
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