Depuis la panne du système EDAN survenue dans la nuit du 14 au 15 juin, en dépit d'un retour à la normale enregistré hier, des voix évoquaient des actes délictueux. Ce n'est qu’hier que l'administrateur-directeur général de la Société d'énergie et d'eau du Gabon, Steeve Saurel Legnongo, a confirmé que des "actes de malveillance assimilables à un sabotage" avaient été relevés par ses services. Devant la gravité des faits, la SEEG a saisi la justice et transmis aux enquêteurs les éléments réunis en interne. Des personnes ont déjà été entendues.
Pour l'instant, rien d'autre n'a filtré et l'unique certitude est que les auditions suivent leur cours. D'autres personnes pourraient être entendues dans les prochaines heures, assure une source. Pour le dirigeant de la SEEG, il n'y aura pas d'autres issues possibles : "les responsables de cet incident répondront de leurs actes devant la loi."
La déclaration ne met pas en cause l’ensemble du personnel. Au contraire, elle défend l’immense majorité des agents de la SEEG, présentés comme des femmes et des hommes engagés, travailleurs et loyaux. Les éventuelles responsabilités individuelles devront être établies par l'enquête.
En attendant, des mesures compensatoires ont été annoncées afin de tenir compte des désagréments subis par les usagers. Selon l'A-DG, aucun client perdra ce qu’il a payé. En effet, toute transaction débitée sans réception des unités sera restituée intégralement. "C'est inacceptable pour vous, nos clients, d'abord, qui ne devez jamais être pris en otage par des comportements irresponsables", a admis le premier responsable de la SEEG.
Cependant, les actes délictueux et le remboursement des unités ont des répercussions considérables sur la trésorerie. Steeve Saurel Legnongo a reconnu que les compensations envisagées pourraient bien avoir un impact non négligeable sur des finances déjà mises à rude épreuve.
UN AIR DE DÉJÀ-VU• "Parce que les excuses ne suffisent pas, nous prendrons dans les prochains jours des compensations au regard de notre trésorerie, sans cesse soumise à des rudes épreuves. Ce n'est pas une faveur : c'est notre manière de reconnaître ce que vous avez enduré et de regagner, par des actes, la confiance que vous nous accordez", a-t-il poursuivi.
Pour rappel, un rapport d'audit interne chiffrait, il y a quelques mois, les pertes à 50 milliards de FCFA par mois, avec près de 30 % du parc en situation de fraude.
Cette déclaration masque difficilement le fait que cet incident informatique est survenu au moment où des travaux étaient en cours sur la ligne 30 kV de Bifoun, après plusieurs accidents de la circulation ayant détruit trois supports électriques sur la RN1. Deux crises simultanées, dont l'une est informatique et l'autre physique.
Ce qui frappe, c'est le précédent. En août 2024, un réseau parallèle d'émission de tickets Edan avait été démantelé au coeur même de l'entreprise. Des serveurs pirates, une société prestataire impliquée, des pertes chiffrées en dizaines de milliards et des plaintes avaient été déposées. Deux ans plus tard, les systèmes informatiques de la SEEG sont de nouveau compromis.
La question qui se pose n'est pas seulement judiciaire. C'est celle de la résilience réelle d'une infrastructure importante et de ce qui a, ou n'a pas, été fait entre les deux épisodes. Le retour du service ne clôt pas le dossier : la sécurisation, la résilience et l’enquête doivent se poursuivre.
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