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Économie

Madeleine Orlane Renguila Ikana : "La digitalisation du permis de conduire est un véritable atout pour le gouvernement"

Madeleine Orlane Renguila Ikana, directrice générale de Rengus Digital

L'Union. Le 24 mars dernier, le Gabon a officiellement lancé le permis de conduire digitalisé. Qu'est-ce que cette réforme change concrètement pour les usagers et le fonctionnement du ministère des Transports ?

-Madeleine Orlane Renguila Ikana : La digitalisation du permis de conduire permet d'abord au service public de s'aligner sur les normes régionales, notamment celles de la Cémac, et même internationales. L'usager a désormais des délais administratifs réduits, un document sécurisé et l'assurance d'avoir un numéro de permis unique. Cette réforme permet au ministère des Transports de lutter efficacement contre la fraude et les circuits informels, d'augmenter ses recettes publiques avec transparence et suivi, d'avoir une meilleure connaissance du secteur des transports et participer à la construction d'un Etat moderne et numérique.

Une opération de cette ampleur s'accompagne inévitablement de défis. Quelles difficultés rencontrez-vous depuis le lancement ?

-Il faut d'abord avouer que cela fait du bien de voir le gouvernement faire confiance à l'expertise locale. Et nous essayons, en retour, de bien faire les choses au sein de Rengus Digital. Les difficultés commencent lorsqu'on doit travailler avec des entités habituées aux lenteurs administratives ou avec celles qui ont perdu de vue leur rôle principal. Ce qui peut avoir un impact négatif sur le résultat attendu. La transparence qu'impose le numérique dans l'administration gabonaise n'enchante pas tout le monde, mais elle est une nécessité.

Pendant des années, les usagers ont souvent eu recours à des circuits parallèles pour obtenir ce document. De quelle manière le système fonctionne pour les neutraliser et peut-on déjà mesurer son impact sur le fichier national des permis de conduire existants ?

-Neutraliser est le bon mot. Nous avons présenté un travail qui est le résultat de nombreuses années d'expérience. Il a ensuite été analysé par le Comité de suivi de ce projet. Un nettoyage de la base de données a été fait. Un nouveau système de sécurité a été apporté et est utilisé sur le nouveau format du permis de conduire et sur le logiciel d'enregistrement. Par exemple, une interopérabilité avec la DGDI nous permet de vérifier les documents apportés par l'usager lors de son enrôlement. Mais je ne peux pas tout dévoiler parce que certains éléments restent encore confidentiels. Il faut juste retenir que tout est fait pour gommer les erreurs du passé.

Le recours exclusif au Mobile money pour payer les frais inhérents à l'obtention de ce permis, a suscité des interrogations et des critiques. Pourquoi ce choix ? Etait-ce la seule solution ?

-Avoir une traçabilité fiable et instantanée des flux monétaires agace uniquement et forcément ceux qui ont un intérêt particulier à éviter la transparence. Plusieurs activités ayant un lien avec l'Etat, donc le Trésor, utilisent déjà ce processus. Pourquoi autant de bruit lorsqu'il est appliqué au Transport ? Posons nous les bonnes questions. Ce processus est précisé dans notre contrat et est entièrement encadré par les lois Cémac, notamment le Règlement n°04/18/CEMAC/ UMAC/COBAC du 21 décembre 2018. Le Gabon, comme les autres Etats de la zone Cémac, ne fait que s'aligner sur ces règlements communautaires afin de sécuriser les recettes via le Mobile money. Ce système a été conçu pour un partage instantané vers chaque acteur et un suivi, via un tableau de bord. Il est disponible pour les différentes entités. Le prestataire reçoit uniquement sa part et l'Etat la sienne. Cette configuration était indispensable à la survie d'une PME qui préfinance entièrement un projet de cette envergure, mais aussi pour préserver le travail des 114 femmes et jeunes employés. Cela a été rendu possible grâce à la confiance du chef de l'Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema, et de son ministre des Transport, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi.

Combien le Trésor public a-til perçu depuis le début de l'opération ?

-Nous sommes encore en train de récolter les données relatives à ces recettes. C'est juste ce que le devoir de confidentialité me permet de vous dire pour le moment. Par contre, nous pouvons vous dire que l'ancien système enregistrait entre 8000 et 12 000 permis de conduire chaque année. Or, en un mois, plus de 17 000 usagers ont éffectué les démarches nécessaires au nouveau document. Et il nous reste encore cinq mois. Avec de tels chiffres, on comprend que les choses ont bien changé et que nous basculons dans une infrastructure plus fiable.

Comment votre société a-t-elle obtenu ce marché ?

-Rengus Digital a simplement répondu à un appel d'offres restreint lancé par le ministère des Transports. Selon moi, ce qui a fait la différence, c'est l'expérience et la preuve de l'avoir déjà implémenté dans un pays de la sous-région.

Est-ce votre société qui a décidé des prix de ces documents ?

-Non, c'est le gouvernement. Nous avons fait des propositions et il a tranché. Mais il faut savoir que ces montants sont les mêmes que pour un duplicata. Mieux, l'État a décidé de baisser celui du permis B de 10 000 F, car c'est le plus utilisé. Si certains usagers estiment qu'ils sont chers, ils n'imaginent pas quels étaient les prix de la concurrence.

Avez-vous, comme le pense une partie de l'opinion, récupéré l'idée d'un autre entrepreneur qui serait à l'origine de ce concept de permis de conduire digitalisé ?

-Lorsqu'on tape Rengus Digital dans un moteur de recherche, les résultats indiquent que, dès 2017, il y a des articles de médias nationaux et internationaux qui évoquent ce projet. D'ailleurs, votre journal a aussi rédigé un article qui date de 2019. Un prix national, "Le PITCH", projet innovation de l'année, a été obtenu la même année grâce à ce projet. Il faut bien que les gens comprennent qu'il n'est pas rare que des inventeurs, des hommes d'affaires aient la même idée en même temps. Soit dans le même pays, soit dans deux contrées différentes. C'est déjà arrivé pour le télégraphe électrique en 1837 ou l'ampoule électrique en 1879. Félicitations à ceux qui ont récemment eu la même idée, mais une protection intellectuelle OAPI prouve que, depuis 2018, Rengus Digital avait une longueur d'avance.

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