La révision récente du Code de la nationalité gabonaise, opérée par ordonnance du 26 février 2026 et publiée au Journal officiel un mois plus tard, suscite une vive polémique. Présentée par certains comme une mise à jour nécessaire d'un texte jugé obsolète, s'inscrivant dans une "dynamique de refondation juridique et de souveraineté internationale" en droite ligne des recommandations du Dialogue national inclusif d'Angondje, cette réforme cristallise les inquiétudes autant qu'elle divise l'opinion publique. Et ce sont essentiellement les politiques qui se sont saisis de la question, laissant de côté les universitaires et autres membres de la société civile qui, comme trop souvent, brillent par leur absence dans les débats de société. Bref, ce Code apparaît comme révélateur des tensions qui traversent le paysage politique national. Comme cela l'a été dans l'Hexagone, au plus fort du débat sur la déchéance de la nationalité, en 2016, sous la présidence de François Hollande.
En tout cas, pour les pourfendeurs du texte, c'est d'abord la méthode qui dérange autant qu'elle interroge. Entendu que selon eux, il a été adopté sans débat parlementaire, alors même qu'il touche à l'un des piliers fondamentaux de l'État. Pour le président d'Ensemble pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie-By-Nze, et le "secrétaire général de l'aile légaliste du Parti démocratique gabonais (PDG)", Ali Akbar Onanga Y'Obegue, cette démarche dénote d’une volonté de mise à l'écart du peuple. Sans oublier que sur le fond, à les entendre, certaines dispositions fragilisent le vivre-ensemble en instituant une catégorisation des citoyens. Avec à la clé, des discriminations et la possibilité de déchoir de la nationalité toute personne impliquée dans des activités " déstabilisatrices et subversives" contre l'État (lire par ailleurs).
À l’opposé, pour les défenseurs du texte, rien à redire. D'autant que selon eux, celui-ci s'avère pertinent au regard des travers observés par le passé. Une époque si récente à laquelle la nationalité gabonaise était presque galvaudée, car attribuée avec légèreté à des individus sans foi ni loi qui ne manifestaient aucune volonté de s'intégrer ou un quelconque lien d'attachement envers la nation qui les avait accueillis avec amour et humanisme.
Pour eux, notamment la députée du 2e siège de la commune de Franceville, Justine Lekogo, cette révision, salutaire, obéit à une volonté de durcir les conditions d'acquisition de la nationalité gabonaise, de purger le passif du système déchu, de renforcer les contrôles administratif et judiciaire, etc. Au milieu de tout cela, les regards semblent désormais rivés vers le Parlement où, comme le prévoient les dispositions de l'article 99 de la Constitution, l'ordonnance 0004/PR/2026 devra être soumise à l'examen des députés et sénateurs pour ratification. Comme quoi, les représentants du peuple devront trancher loin de toute forme de passion politique.
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