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Économie

Transport aérien : quand la fiscalité se heurte aux pratiques commerciales

L'aéroport international Léon-Mba

Depuis le début des années 2000, le Gabon est considéré comme l’une des destinations les plus onéreuses au monde (et la plus chère d’Afrique en 2025-2026) en matière de transport aérien. Si les compagnies aériennes pointent du doigt la fiscalité étatique, cette explication est cependant incomplète. La réalité révèle une superposition complexe de trois facteurs distincts : les redevances publiques aujourd’hui strictement encadrées, les contraintes structurelles propres au marché gabonais et, surtout, les pratiques commerciales "opaques" de la part des transporteurs.

Les plaintes des transporteurs ont culminé en 2023 contre des taxes jugées "asphyxiantes" qui représenteraient, selon eux, jusqu’à 50 % du prix du billet. Pourtant, les autorités gabonaises ont régulièrement ajusté leur politique tarifaire au travers de différents arrêtés jusqu'en novembre 2025.

Désormais, les redevances aéroportuaires (notamment la redevance passager (R4), la redevance de sûreté et la redevance ANAC) sont strictement encadrées. L’arrêté n°00000087/MEFDPLVC/ MTMML du 13 novembre 2025 fixe des tarifs précis : 2 000 FCFA pour un vol domestique ; 5 000 FCFA pour un vol zone Cémac ; 10 000 FCFA pour les vols internationaux. Ces fonds, affectés à l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) et aux gestionnaires d’aéroports, garantissent la sécurité des vols et l’entretien des infrastructures. Pendant les cinq dernières années, sous la pression des transporteurs, le gouvernement a même supprimé, en novembre 2023, la redevance "Passenger Service Charge" (frais de services aéroportuaires que certains passagers doivent régler séparément, notamment ceux ayant acheté leur billet avant une date précise).

La redevance portant sur la sûreté aérienne (due par tous les passagers sur des vols commerciaux, réguliers ou non, et sur toutes les expéditions de fret ou poste, au départ de tout aéroport sur le territoire national) n’a pas fait l’objet d’une augmentation, contrairement à ce qui est véhiculé. En novembre 2025, elle a été suspendue par l'ANAC, en accord avec le gouvernement. Sa suspension répondait à la nécessité de compenser le maintien des redevances de supervision et de développement (R4).

Dans l'ensemble, contrairement à une idée largement relayée, la redevance de sûreté perçue par l’ANAC a été réduite par l’arrêté du 13 novembre 2025 et la redevance perçue par l’ONSFAG n’a fait l’objet d’aucune augmentation. La seule composante effectivement ajustée à la hausse concerne la redevance liée au projet de nouveau terminal. Cet ajustement ne procède pas d’un choix fiscal, mais d’une contrainte financière. Il vise à prendre en compte les coûts supportés par l’État et le concessionnaire à la suite de l’arrêt du projet, provoqué par le défaut de paiement de la BDEAC. Ils servent directement à financer la sécurité aérienne, la sûreté aéroportuaire, l’entretien et la mise aux normes des infrastructures et, de manière exceptionnelle, la couverture des charges liées à l’interruption du projet de nouveau terminal. Autrement dit, ces redevances ne sont ni arbitraires ni inflationnistes. Elles sont publiques, plafonnées, contrôlées et adossées à des charges réelles et identifiables. Malgré ces mesures, les récriminations des transporteurs persistent.

Le noeud du problème réside dans un mécanisme plus subtil : les surcharges carburant, souvent codifiées "YQ" sur les billets et la "Carrier imposed charge" (ou surcharge imposée par le transporteur au nom de code YR). Apparue en 2004 pour compenser la volatilité des cours du pétrole, la surchage carburant (initialement fixée à environ 6 euros, soit moins de 4 000 FCFA) s'est pérennisée et généralisée sous l'appellation "surcharge du transporteur".

La stratégie des compagnies est limpide : en incluant les YQ/YR dans le bloc global des "taxes", elles détournent les critiques vers l’État, tout en conservant l’intégralité de ces revenus non réglementés. Cette confusion sémantique leur permet de contester les redevances publiques, pourtant essentielles à la sécurité aérienne, sans avoir à justifier des prélèvements privés qui échappent à tout contrôle étatique. Elles peuvent représenter entre 35 % et 45 % du prix du billet, selon certains experts.

Alors que le montant de chaque redevance aéroportuaire est public et encadré, les compagnies aériennes maintiennent une opacité totale sur le calcul de leurs surcharges et de leurs marges. C’est précisément ce manque de transparence qui alimente aujourd'hui la cherté des billets et la frustration des usagers au Gabon.

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