L'audience de l'affaire Esther Miracle, le bateau ralliant Port-Gentil qui a fait naufrage dans la nuit du 8 au 9 mars 2023 et occasionné d'importantes pertes en vies humaines, n'est pas allée à son terme, hier. Alors que tout allait bien avec la déposition d'une trentaine de survivants qui ont fait le récit de cette nuit d'horreur, un "incident d'audience" est survenu. Il a vu l'ensemble des avocats présents quitter la salle d'audience.
Le procès s'est ouvert avec l'appel de toutes les parties devant une salle archicomble. Les responsables de la Marine marchande et de la société Royal Cost Marine Sarl avaient été invités à la barre, pour entendre les motifs de leur prévention et des dispositions légales liées à ces infractions. Le moment le plus crucial a été les différentes dépositions des naufragés.
L'instruction à la barre a été centrée sur les vécu et ressenti de ces derniers. Par le menu, ils ont raconté leur parcours depuis l'embarquement au port-môle de Libreville, les premiers signes d'inquiétude, les annonces alarmistes, le mouvement de panique générale, les tentatives de sauvetage, l'indicible désastre...
Unanimes dans leurs relations des faits, ils pointent de nombreuses carences qui sont allées crescendo pour déboucher sur la catastrophe. "C'est à 18 heures que nous nous sommes embarqués dans le bateau, mais c'est à 20h30 que nous avons finalement quitté le quai pour le large", indiquera une dame.
Et une autre de faire remarquer qu'"après le départ, nous avons relevé que le bateau était instable et tanguait beaucoup". Un homme, lui aussi rescapé, apporte son témoignage : "Vers 22h30, un gendarme est venu nous dire : "Attention ! Veuillez prendre les gilets de sauvetage qui sont sous vos sièges, car nous avons un moteur en panne qui ne permet pas d'avancer. Nous allons devoir retourner sur Libreville."
Après cela, "un autre agent du bateau est venu nous demander de nous asseoir tous au côté gauche, car nous devons équilibrer le bateau qui est entrain de s'incliner", a-t-il ajouté Selon, les naufragés, "à partir de là, nous avons compris que quelque chose de mauvais était en train de se produire".
Les avocats, eux, insistent pour savoir ce que faisaient les responsables du bateau à ce moment-là. "Même les hôtesses, qui étaient souvent de passage devant nous, avaient tout d'un coup disparu", répondent les naufragés.
L'un d'eux raconte que "des agents de l'Esther Miracle étaient venus nous dire de quitter la pièce et de monter sur le pont, mais ils avaient changé de tenues. Ils étaient maintenant en culottes et tee-shirts". Tous les déposants ont relaté qu'une forte déflagration avait été entendue de la soute à moteurs, à la suite de laquelle le bateau avait commencé à prendre l'eau en s'inclinant.
"Nous avons dû casser une vitre pour nous dégager", raconte une femme qui a perdu quatre de ses parents dans cette hécatombe. Des souvenirs morbides, des cris, des râles, des appels au secours, une débauche d'énergie du désespoir, des cercueils qui flottent.
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