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Économie

Bernadette Owono Mba : « L’action de l’ANAREG s’articule autour de priorités concrètes »

Bernadette Owono Mba

L’UNION : Vous parlez de garantir la régularité et la prévisibilité des pensions. En quoi est-ce une priorité ?

-Bernadette Owono Mba : Parce qu’un retraité doit pouvoir connaître ses revenus et organiser sa vie. La pension est le fruit d’une carrière et de cotisations : c’est un droit, non une faveur. Sa régularité est d’autant plus importante pour les personnes aux revenus modestes, particulièrement exposées à la hausse du coût de la vie.


À la régularité des paiements doit s’ajouter une information fiable : calendrier connu, alerte en cas d’incident et interlocuteur clairement identifié pour traiter les réclamations. La prévisibilité, c’est permettre au retraité de planifier ses dépenses essentielles et de vivre avec davantage de sérénité.

Améliorer l’accès à l’information et aux services administratifs pour les personnes âgées et les retraités : qu’est-ce à dire ?

-Il s’agit d’adapter les services aux réalités de l’âge : files ou guichets prioritaires, information plus accessible, accompagnement dans les démarches et, lorsque cela est possible, réductions dans certains transports ou services. Ce ne sont pas des privilèges, mais des mesures qui permettent à chacun d’exercer effectivement ses droits, notamment aux personnes à faibles revenus, isolées, handicapées ou dépendantes.


Nous proposons aussi d’étudier un guichet ou un parcours dédié, physique et progressivement numérique, pour orienter les retraités sur les pensions, la couverture maladie, les certificats et les démarches récurrentes. Beaucoup de ces améliorations relèvent davantage de l’organisation que de dépenses importantes.

Estimez-vous que le Gabon manque aujourd’hui de respect envers ses retraités ? Et si le gouvernement vous répond qu’il n’y a pas d’argent, votre plaidoyer s’arrête-t-il là ?


-Nous préférons parler de marges importantes d’amélioration. La retraite devrait être une période de sérénité, alors que certains retraités rencontrent encore des difficultés dans leur vie quotidienne ou leurs démarches. Notre rôle est de les signaler et de proposer des réponses.


Les contraintes budgétaires existent, mais tout n’est pas une question d’argent. Certaines mesures peuvent être engagées rapidement à coût faible ou nul — meilleure information, files prioritaires, coordination des services, dialogue structuré — tandis que les réformes plus coûteuses peuvent être programmées progressivement. L’essentiel est d’avancer selon des priorités claires.

Les jeunes pourraient vous objecter qu’ils sont au chômage et peinent à trouver leur place. Pourquoi concentrer les efforts sur ceux qui ont déjà travaillé ?

-Il ne faut pas opposer les générations. Protéger les retraités d’aujourd’hui, c’est aussi préparer les droits des actifs qui seront les retraités de demain. La solidarité sociale doit bénéficier à tous les âges de la vie.


Nous défendons donc un véritable pacte intergénérationnel : garantir les droits des aînés, favoriser l’insertion des jeunes et organiser la transmission de l’expérience. Le législateur et les autres institutions concernées ont également leur rôle à jouer pour renforcer durablement ces mécanismes de protection.

Améliorer l’accès aux soins et la gratuité de certains examens : le pays a-t-il les moyens d’en faire une priorité ?

-Les besoins de santé augmentent souvent avec l’âge. Nous demandons donc un meilleur accès aux consultations, aux médicaments, aux examens et aux soins adaptés, en renforçant les dispositifs existants.


Une démarche progressive est possible : commencer par la prévention, le dépistage des pathologies les plus fréquentes et une meilleure orientation des personnes âgées dans le système de soins. Détecter tôt certaines maladies peut aussi éviter, par la suite, des prises en charge plus lourdes et plus coûteuses.

Vous affirmez que les retraités ont encore de la valeur. N’est-ce pas simplement un discours destiné à défendre vos intérêts ?

-Non. Une personne qui quitte un emploi ne perd ni son expérience ni ses compétences. Des années de pratique permettent d’acquérir une connaissance du terrain, une capacité d’anticipation et des savoir-faire qui peuvent encore être utiles à la collectivité.


Le Gabon dispose ainsi d’un important capital d’expérience dans l’administration, la santé, l’enseignement, l’ingénierie, l’agriculture, la finance, le management et bien d’autres domaines. Nous proposons de mieux l’identifier, par exemple au moyen d’une base volontaire de compétences, afin de faciliter des missions de conseil, de formation, de mentorat ou de transmission, lorsque les intéressés le souhaitent.

Êtes-vous en train de dire que les retraités doivent continuer à travailler ?

-Non. La retraite doit rester un droit au repos. Nous disons simplement qu’elle ne doit pas devenir une obligation d’inactivité. Ceux qui le souhaitent et dont l’expérience peut être utile doivent pouvoir contribuer sous des formes adaptées : mentorat, tutorat, conseil, formation, assistance technique ou transmission de la mémoire institutionnelle.

Et si cette mobilisation des retraités se faisait au détriment des jeunes diplômés ?


-Ce n’est pas notre objectif. Un retraité ne devrait pas être mobilisé pour occuper durablement un poste qui pourrait permettre l’insertion d’un jeune. Son apport devrait relever de la transmission, de l’appui ponctuel ou d’une expertise clairement définie.


La complémentarité est simple : la jeunesse apporte de nouvelles compétences, de nouvelles méthodes et une maîtrise croissante des outils numériques ; l’expérience apporte la mémoire professionnelle et la connaissance du terrain. L’enjeu est de faire travailler ces forces ensemble, et non de les mettre en concurrence.

Vous proposez une politique nationale du vieillissement. En quoi consisterait-elle et pourquoi ?

-Elle permettrait de donner une cohérence d’ensemble aux politiques qui concernent l’avancée en âge. Elle pourrait couvrir la santé et la gériatrie, les pensions et le pouvoir d’achat, la protection des personnes vulnérables, la lutte contre l’isolement, l’adaptation du logement et des transports, l’accessibilité des services, ainsi que la participation des seniors à la vie sociale, économique, culturelle et citoyenne.


Pour être effective, cette politique devrait comporter des objectifs, des responsabilités clairement identifiées, un calendrier et quelques indicateurs simples permettant d’en mesurer les résultats. Il ne s’agit donc pas d’ajouter une déclaration d’intention, mais d’organiser une action publique cohérente et suivie.

L’une de vos propositions est de créer un Conseil Consultatif National du Retraité et de la Personne Âgée. Pourquoi ?

-L’appellation importe moins que la fonction. Nous souhaitons un cadre permanent et structuré dans lequel les représentants des retraités puissent être consultés sur les politiques qui les concernent et disposer d’informations accessibles sur leurs droits, pensions, prestations et démarches.


Ce cadre devrait être orienté vers les résultats : rencontres périodiques, ordre du jour partagé, recommandations formalisées et suivi des suites données. La concertation n’a de sens que si elle permet de constater les avancées et d’identifier ce qui reste à traiter.

Que feriez-vous si vos recommandations n’étaient pas retenues ?

-Nous poursuivrions le dialogue, la sensibilisation et les propositions. La responsabilité de l’ANAREG est de porter la voix des retraités tout en contribuant à la recherche de solutions réalistes et partagées.


Notre méthode restera la même : proposer, documenter, dialoguer et suivre. Nous souhaitons notamment que chaque 1er octobre soit non seulement un moment de célébration, mais aussi l’occasion de dresser le bilan des engagements pris et des progrès réalisés en faveur des retraités et des personnes âgées.

Quelles sont les trois mesures que l’ANAREG considère comme immédiatement réalisables ?

-D’abord, des files ou guichets prioritaires dans les administrations ; ensuite, une information claire et prévisible sur les pensions et les démarches ; enfin, l’ouverture d’un cadre permanent de concertation avec les représentants des retraités. Ces mesures peuvent être engagées avant même les réformes nécessitant des moyens plus importants.

Comment éviter que vos propositions restent de simples déclarations d’intention ?

-En assortissant les engagements d’un calendrier, de responsables identifiés et de quelques indicateurs de suivi. L’ANAREG est disposée à participer à cette démarche dans un esprit de dialogue et de responsabilité partagée.

Comment comptez-vous identifier les personnes âgées les plus vulnérables ?

-Par un travail coordonné entre les services sociaux, les collectivités, les organismes de protection sociale et les associations. Il faut mieux identifier les personnes isolées, dépendantes ou sans soutien afin de les orienter vers les dispositifs existants et de repérer les besoins qui restent sans réponse.

Quel message souhaitez-vous que l’opinion retienne de cette Journée du 1er octobre ?

-Que la question du retraité et de la personne âgée concerne toute la société. Chacun avance en âge, et la qualité de notre protection sociale se mesure aussi à la manière dont nous accompagnons cette étape de la vie. Préparer une vieillesse digne, c’est préparer l’avenir de tous.

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