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Provinces

Sachie Ishibashi : "Transformer des écailles de poissons en bijoux est l’une des façons d'amener les gens à changer de regard vis-à-vis de ces déchets"

La Japonaise Sachie Ishibashi enseigne son savoir-faire à des jeunes de Lambaréné.

L'Union : À Lambaréné, au bord de l’Ogooué, tout le monde voit les écailles de poisson comme un déchet. Qu’est-ce que vous avez vu, vous, le jour où vous avez décidé d’en faire un bijou ?

-Sachie Ishibashi : Lorsque j’ai vu pour la première fois les écailles du "Sans nom", un poisson particulièrement abondant à Lambaréné, j’ai été surprise de découvrir des écailles aussi grandes et aussi belles. Je me suis alors demandé comment les valoriser, et c’est ainsi que m’est venue l’idée de les transformer en bijoux. Si j’étais née et avais grandi à Lambaréné, ces écailles auraient sans doute fait partie de mon quotidien et je n’aurais peut-être jamais remarqué leur beauté. C’est justement parce que je viens de l’extérieur que j’ai pu découvrir un nouveau potentiel dans des éléments familiers de la vie quotidienne à Lambaréné.

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De l’étal du marché au lobe de l’oreille, il y a combien d’étapes ?

-Parmi les clients qui achètent du poisson, certains demandent que les écailles et les viscères soient retirés près du Centre de pêche. C’est là que je récupère les écailles destinées à être jetées et les nettoie soigneusement, une par une, avec du détergent. Ensuite, je procède à leur teinture et à leur mise en forme, puis je les fais bien sécher avant d’appliquer un revêtement protecteur afin de les transformer en bijoux.

Vous travaillez à 60 % avec un personnel local. Est-ce que votre travail est une forme de recyclage ?

-Toutes les écailles proviennent de poissons traités au Centre de pêche de Lambaréné. En revanche, les autres composants, comme les crochets des boucles d’oreilles, sont importés. Les écailles elles-mêmes sont un matériau naturellement biodégradable à long terme. Cependant, comme j’utilise un produit de revêtement dans mes créations, je ne considère pas qu’il s’agit de produits totalement respectueux de l’environnement. Néanmoins, le fait de donner une nouvelle valeur à ce qui aurait normalement été jeté constitue une caractéristique essentielle de mon travail.

L’une des choses qui m’ont le plus frappée à mon arrivée au Gabon a été la quantité de déchets jetés dans la nature. À travers cette activité, j’aimerais amener les gens à se poser cette question : Est-ce vraiment un déchet ?. Parmi les objets que l’on jette se cachent peut-être des ressources précieuses si l’on change de regard. Transformer des écailles de poissons en bijoux est l’une des façons d'amener les gens à changer de regard vis-à-vis de ces déchets.

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