Je connaissais d’abord Rudy Hombenet par sa plume dans L’Union. Je lisais ses articles de temps en temps, parfois en diagonale, comme on le fait lorsqu’on suit quotidiennement la presse. Mais je ne la connaissais pas vraiment. Je l’ai véritablement découverte à l’occasion d’un voyage de presse aux États-Unis, qui a duré une dizaine de jours.
Je suis quelqu’un d’assez critique, peut-être même très critique lorsqu’il s’agit de notre métier. Et je me souviens que, durant ce voyage, Rudy m’avait appris qu’elle enseignait également à l’INPTIC. Ma première réaction avait été assez sévère : je la trouvais bien jeune pour enseigner le journalisme. Je me demandais si elle avait déjà suffisamment d’expérience professionnelle pour transmettre ce métier aux autres.
Puis, au fil des jours, j’ai révisé mon jugement. Avant même ses qualités professionnelles, ce sont ses qualités humaines qui m’ont frappé. Rudy était extrêmement polie, affable, posée. Elle n’avait absolument pas la grosse tête. Dans les discussions, je découvrais surtout une jeune femme pertinente, qui réfléchissait, qui savait écouter et qui avait quelque chose à dire.
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Une forme de sympathie s’est installée entre nous. Je la taquinais beaucoup. Je lui racontais notamment que les petits vieux comme moi épousent parfois de jeunes femmes comme elle, mais que les « mariages de presse » n’étaient sans doute pas autorisés. C’était évidemment de la plaisanterie, et elle le savait parfaitement. Elle avait d’ailleurs quelqu’un dans sa vie. Elle souriait de mes plaisanteries, et nous passions à autre chose. Ce sont de petits riens. Mais avec la disparition de quelqu’un, les petits riens prennent soudain une place immense.
De retour à Libreville, nous ne nous fréquentions pas particulièrement. Nous nous croisions au gré des événements et des rencontres professionnelles. Mais, de mon côté, je me suis mis à regarder son travail d’un peu plus près. Et là aussi, mon jugement s’est précisé : Rudy avait une bonne plume. Une plume alerte, propre, avec une vraie capacité à traiter les sujets.
À tel point qu’un jour, j’ai dit à Lin-Joël Ndembe, le patron de L’Union, que j’allais faire comme dans le football : ouvrir le mercato et lui prendre Rudy. Il y avait évidemment de la plaisanterie là-dedans, mais pas seulement. Derrière la boutade, il y avait une véritable appréciation professionnelle. Je me disais qu’une journaliste comme elle aurait parfaitement eu sa place dans une rédaction comme la nôtre.
J’ai ensuite suivi assez régulièrement son podcast. Là encore, je retrouvais ce qui m’avait intéressé chez elle : le choix des sujets, la pertinence, l’envie d’aller ailleurs et d’essayer d’autres formats.
Au fond, c’est peut-être cela que je retiendrai le plus de Rudy Hombenet : elle m’avait redonné un peu d’espoir dans notre métier. Je suis souvent inquiet lorsque je regarde la relève dans le journalisme gabonais. C’est un métier difficile, qui rapporte peu, qui attire moins certains jeunes brillants parce qu’ils peuvent trouver ailleurs des carrières plus confortables. Et il m’arrive de me demander qui prendra la suite.
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