À première vue, rien ne les distingue des autres commerçants qui occupent les allées de l'ancienne gare routière de Libreville. Pourtant, derrière leurs petites tables couvertes de vernis, de limes et de coupe-ongles, ces jeunes hommes exercent un métier qui, il y a encore quelques années, semblait leur être interdit. Dans cet immense marché à ciel ouvert où se mêlent vendeurs de friperie, porteurs et clients pressés, ils se sont imposés dans l'univers de la manucure-pédicure, une activité longtemps considérée comme l'apanage des femmes et largement dominée par des ressortissants étrangers. De l'ancienne gare routière au PK 12 en passant par Nzeng-Ayong, leur présence témoigne d'une évolution silencieuse mais profonde des mentalités.
Dans les allées bondées du marché, les clients se succèdent devant ces praticiens improvisés. Assis sur de simples chaises en plastique, ils se laissent soigner les mains ou les pieds au milieu du brouhaha des commerçants. Une scène devenue banale aujourd'hui, mais qui aurait surpris plus d'un il y a quelques années.
"Au début, certains se moquaient de nous. Ils disaient que c'était un métier de femme", raconte Landry, 27 ans, occupé à soigner les ongles d'une cliente. "Mais avec le temps, les gens ont compris que l'essentiel est de travailler honnêtement."
Comme lui, plusieurs jeunes expliquent s'être tournés vers cette activité faute d'avoir trouvé un emploi stable. Beaucoup affirment avoir appris le métier auprès de ressortissants étrangers qui exerçaient déjà dans l e secteur. D'abord observateurs, puis apprentis, ils ont progressivement acquis les techniques avant de voler de leurs propres ailes.
La même réalité s'observe aux alentours de la pharmacie du PK 12 où plusieurs jeunes proposent leurs services sous des parasols de fortune. Au rond-point de Nzeng-Ayong, derrière les rangées de vendeurs de friperie, d'autres ont aménagé de modestes espaces de travail. Partout, la clientèle semble répondre présente.
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De nombreuses femmes disent apprécier leur manière de travailler. "Ils prennent leur temps et sont très méticuleux", confie Sandrine. "Ils sont patients et accordent beaucoup d'attention aux détails." Un avis partagé par Mireille, rencontrée au PK12. "J'ai déjà essayé chez des femmes et chez des hommes. Personnellement, je préfère les hommes. Ils sont plus délicats dans leurs gestes et cherchent vraiment à satisfaire la cliente." Cette reconnaissance contribue à renforcer l'attractivité d'un métier autrefois délaissé par les nationaux. Avec un investissement relativement modeste, certains parviennent aujourd'hui à générer des revenus réguliers et nourrissent l'ambition d'ouvrir leur propre salon.
À l'ancienne gare routière, au PK12, ou encore à Nzeng- Ayong, ces jeunes démontrent que les lignes bougent. En investissant sans complexe un métier autrefois réservé aux femmes et largement occupé par des étrangers, ils illustrent le changement progressif de regard porté sur les petits métiers ; et la volonté d'une jeunesse de créer elle-même ses opportunités.
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