Le spectacle est saisissant dès l'entrée de Bizango-Rails : le long du chemin de fer, des dizaines de câbles électriques s'entremêlent dans un désordre inquiétant et entretenu. Certains pendent à quelques mètres seulement audessus des habitations, tandis que d'autres, envahis par la végétation, semblent prêts à céder à tout moment.
Dans ce quartier populaire situé entre les PK12 et PK13 ( zone tampon qui sépare la commune de Libreville de celle de Ntoum ) , les populations disent vivre avec la peur permanente d'un drame. Pourtant, malgré les signalements répétés à la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG), la situation reste inchangée.
À peine notre équipe commence-t-elle à prendre des images que plusieurs habitants accourent. Lassés de voir défiler des visiteurs sans résultats concrets, ils tiennent malgré tout à montrer l'ampleur du danger auquel ils sont confrontés quotidiennement.
"Venez voir l'intérieur de la cage à compteurs", lance un riverain visiblement excédé. Derrière une petite structure vétuste, le constat est alarmant. Des dizaines de branchements électriques se croisent dans un désordre total. Les câbles dénudés côtoient des installations de fortune. Les murs noircis témoignent de précédents courts-circuits. L'endroit ressemble à une véritable bombe à retardement. Selon plusieurs riverains, cette situation serait aussi entretenue par le manque d'installation de nouveaux poteaux électriques par la SEEG. Face à l'extension progressive du quartier et à l'augmentation du nombre d'habitations, les populations disent être contraintes d'utiliser elles-mêmes du matériel de fortune pour acheminer le courant jusqu'à leurs domiciles. "Chacun essaie de se débrouiller comme il peut pour avoir de l'électricité", explique un habitant. Conséquence : au fil des années, le nombre de branchements supportés par un même poteau n'a cessé d'augmenter.
Plus loin, un poteau rongé par la rouille menace justement de céder sous le poids des nombreux câbles qu'il supporte. À chaque rafale de vent, les riverains craignent de voir les fils s'effondrer sur les maisons ou sur les passants. "Ici, il suffit d'une seule étincelle pour que tout brûle et s'embrase", souffle visiblement inquiète une mère de famille vivant à quelques mètres de la structure. Selon elle, les habitants redoutent particulièrement les périodes de pluie et les coupures de courant. "Quand il pleut, on a peur de sortir. Même les enfants, on les surveille constamment", explique-t-elle.
"La nuit, personne ne dort tranquillement ici", raconte un jeune du quartier. "Dès qu'il y a une panne ou un orage, on reste éveillés parce qu'on ne sait pas ce qui peut arriver", ajoute-t-il. La colère des populations vise principalement la SEEG. Les habitants affirment avoir multiplié les démarches sans obtenir de solution durable. "Plusieurs personnes sont déjà venues filmer ici. On nous a promis des réparations, mais jusqu'aujourd'hui rien n'a changé", déplore un ancien du quartier. Autour de lui, d'autres habitants acquiescent, entre résignation et colère.
La proximité immédiate du chemin de fer accentue davantage les inquiétudes. Les amas de fils électriques pendent dangereusement audessus des passages empruntés quotidiennement par les riverains. Pour beaucoup, il ne manque qu'un incident pour que le pire se produise.
Malgré les années d'attente, les habitants gardent encore un mince espoir. En nous accompagnant dans les ruelles du quartier, plusieurs d’entre eux répètent la même phrase : "Nous espérons que cette fois sera la bonne. Peut-être que votre passage fera enfin bouger les choses." Gageons !
À Bizango-Rails, les populations ne réclament pas un privilège : elles demandent simplement de pouvoir vivre en sécurité, loin de ces installations électriques devenues au fil du temps une menace permanente. Une épée de Damoclès suspendue sur leurs têtes…
random pub
