Présentés officiellement hier 29 avril 2026 à Libreville, les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024) dressent un tableau contrasté : des progrès mesurables, mais des déséquilibres structurels persistants qui appellent à des réformes de fond.
Premier indicateur scruté, le taux de chômage national s’établit à 17,4 % en 2024, en repli de trois points par rapport aux 20,4 % enregistrés en 2010, a indiqué Jean-Bosco Obame Ndong, directeur général du Travail, lors de sa présentation. Une tendance encourageante, mais qui masque des réalités bien plus préoccupantes selon les catégories de population.
" Les jeunes âgés de 15 à 24 ans affichent un taux de 34,5 %, tandis que les femmes sont au chômage à hauteur de 21,4 %, soit sept points de plus que les hommes. Ces deux cohortes concentrent l’essentiel des défis d’insertion que le pays devra traiter en priorité ", a-t-il souligné.
L’enquête, conduite de novembre à décembre 2024 sur l’ensemble du territoire national auprès de 3 408 ménages représentant quelque 14 500 personnes, révèle par ailleurs une économie fortement informelle. Pas moins de 86,5 % des emplois échappent à toute déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale, privant ainsi une écrasante majorité de travailleurs de toute protection sociale. Sur les 512 000 personnes en emploi recensées, seule une infime minorité bénéficie d’un contrat formalisé. Le taux de participation à la main d’oeuvre, établi à 49,5 %, indique que moins d’un Gabonais en âge de travailler sur deux est effectivement présent sur le marché. Le taux d’emploi, lui, plafonne à 40 %.
L’enquête met également en lumière plusieurs paradoxes. D’une part, le diplôme supérieur ouvre les portes du secteur formel, mais ne garantit pas un taux d’emploi plus élevé que celui des non-diplômés, l’essentiel des postes restant concentrés dans l’informel. D’autre part, les travailleurs migrants internes, ceux qui se déplacent d’une province à une autre, accèdent à l’emploi plus rapidement que les natifs des zones d’accueil, phénomène attribué à une plus grande mobilité et détermination.
Géographiquement, le chômage urbain atteint 19 %, contre seulement 5,8 % en milieu rural, où l’agriculture informelle absorbe une main-d’oeuvre que les villes saturées ne peuvent intégrer. La durée moyenne de chômage s’établit à cinq ans, un délai qui s’allonge en l’absence de diplôme.
Face à ces constats, le gouvernement entend mobiliser les résultats de l’ENEC comme outil d’aide à la décision. Plusieurs axes structurants ont été évoqués lors de la cérémonie de restitution, à laquelle participait Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, ministre d’État aux Transports, représentant le vice-président du gouvernement Hermann Immongault : réforme de la formation professionnelle pour l’aligner sur les besoins réels de l’économie, formalisation progressive du secteur informel via une fiscalité adaptée et un meilleur accès au financement, création d’un fonds de soutien à l’entrepreneuriat et déploiement de politiques ciblées en faveur des femmes et des jeunes.
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