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Société & Culture

Voiries urbaines : chapeau à ces jeunes qui colmatent... les nids-de-poule

La bande à ‘‘Le Blanc’’ sur la route de Derrière le perchoir

C'est la mi-journée, un rayon de soleil tombe droit sur les rues cabossées du Grand Libreville. Éclaire les bras, les visages et les gestes. Ici et là, dans plusieurs ruelles de Libreville, d'Owendo et d'Akanda, au milieu de la poussière ou les pieds trempés dans la mare, à deux ou parfois seul, des jeunes silencieux et presque invisibles, mais bien connus dans leurs quartiers respectifs, colmatent les routes défoncées.

Dans la zone du "Fromager", à Nzeng-Ayong, la bande à "Le Blanc", en est l’exemple le plus parlant. Jeune métis au teint marqué par de longues heures passées sous le soleil, il porte une vieille chasuble verte. Avec ses amis, il tente de rattraper ce que le ministère des Travaux publics (TP) n’arrive pas à faire dans l'immédiat : combler les nids-de-poule qui secouent les voitures et fatiguent les accessoires.

L’un d’eux tient un pot de fortune, fabriqué à partir d’une vieille bouteille en plastique. Il régule la circulation et recueille quelques pièces auprès des automobilistes. Parfois une pièce tombe, parfois rien. Pendant ce temps, les autres s’activent sur la chaussée, tassant ciment, gravats et autres matériaux de récupération pour combler les trous.

Le geste est précis, même s’il reste fragile face au passage répété des véhicules. Le sable glisse, les mains se couvrent de poussière, les roues de la brouette grincent. Les voitures ralentissent. Certains conducteurs observent, d’autres encouragent, et beaucoup reconnaissent désormais ces jeunes pour leur engagement constant. Cela, parce que, au fil des années, leur présence n’est plus passée inaperçue. Plusieurs habitants et usagers de la route saluent aujourd’hui leur persévérance. La bande à "Le Blanc" s’est forgée une réputation fondée sur le courage, l’endurance et une volonté réelle d’améliorer le quotidien, malgré des moyens limités.

"Je reconnais le métis. Les entreprises BTP devraient le recruter car c'est un bosseur. Depuis des années, il est sur des routes de la capitale à les réparer avec ses petits moyens. En dehors du privé, les Travaux publics peuvent avoir un regard sur ce jeune citoyen qui est toujours prêt à faire quelque chose de ses mains. A lui donner un coup de main. C'est un champion dans le colmatage des routes", lance positivement une dame, pour saluer son apport.

Pour ces jeunes débrouillards, il ne s’agit pas seulement de survie, mais d’un choix assumé. "On pourrait faire autre chose, prendre de mauvaises décisions… mais on préfère travailler et aider les gens. Même si ce sont de petites pièces, au moins c’est honnête. On gagne notre argent dignement", confie l’un d’eux.

Et un autre de renchérir : "Quand un chauffeur nous remercie ou nous donne quelque chose, ça nous encourage. On sait que nous sommes utiles."

Ainsi, derrière les pots de fortune et les gestes répétés, se dessine une réalité plus inspirante : celle d’une jeunesse qui refuse la facilité et la déperdition, pour choisir plutôt l’effort, l’entraide et la dignité.

Mais comme un éternel recommencement, les nids-de-poule, surtout en saison pluvieuse, réapparaissent. Et eux, ils recommencent, jour après jour, sous le soleil brûlant, leur dur labeur. Conscients qu'"il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens".

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