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Chroniques

Partis politiques : le "bazar politique"

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

Après plus de trois décennies de multipartisme effréné, le gouvernement gabonais passe à l’acte avec l’ambition de sortir le pays du "bazar politique" en appliquant la nouvelle loi sur les partis politiques, issue des Assises d’Angondjé, tenues pendant la Transition.

Le texte durcit les conditions de création et de reconnaissance des formations politiques. Finis les 3 000 adhérents exigés par l’ancien cadre juridique. Désormais, le seuil est revu à la hausse, passant à 10 000, dont l’effet est déjà visible.

L’objectif clair est d'en finir avec ce trop-plein, ce désordre ambiant, et cette inflation des partis "gazelles", ces formations sans assises réelles, qui pullulaient depuis l’avènement du multipartisme intégral, en raison, pour plusieurs d'entre elles, de leur seule participation à la grand-messe nationale de 1990.

Pendant plus de trente ans, cette ouverture tous azimuts a étouffé ou dynamisé (c'est selon) le débat démocratique dans un paysage comptant 104 partis légalement reconnus sur le papier. Or, dans la réalité, un parti dominant le Parti démocratique gabonais (PDG) a longtemps régenté la vie politique, reléguant, du moins, l’immense majorité des autres formations au rang de simples figurants, incapables de peser lors des élections. À peine une dizaine de formations étaient réellement actives dans l’arène parlementaire et municipale avec véhémence, défiant parfois le pouvoir dans plusieurs circonscriptions. Le reste des trois quarts n’existaient que par la grâce de quelques acteurs, souvent inféodés au pouvoir, ou réduits à des coalitions de circonstance, prompts à aller à "la soupe".

Aujourd’hui, l’heure est à la clarification. Chaque force politique doit se soumettre aux nouvelles exigences. Brice Clotaire Oligui Nguema, recevant dernièrement les chefs de partis politiques, reste intransigeant sur le respect par tous du nouveau cadre normatif. À l’évidence, la configuration ancienne ne survivra pas à ce nouveau dispositif. Peu de formations seront en mesure de remplir les critères. Les fameux partis "à cabine téléphonique" où ils tenaient leurs congrès dans la confidentialité la plus totale, vont logiquement disparaître. D'autres qui, au fil des ans, ont perdu tout ancrage local, incapables de présenter un candidat sérieux, s’évanouiront également. Sans oublier ces partis créés sur mesure par d’anciens apparatchiks et figures naguère du bongoïsme dont la survie ne tenait qu’à un fil administratif, pourraient eux aussi difficilement sortir de ce "moutouki" politique.

Au bout du compte, sans présager du registre final, le paysage politique gabonais pourrait bien se réduire à une dizaine de formations crédibles. Si cette clarification aboutit, ce sera une avancée majeure. En un mot, la fin du grand "bazar politique", du "souk" trop longtemps entretenu, deviendrait enfin une réalité.

Reste à savoir si toutes les forces et acteurs politiques en présence accepteront de jouer le jeu sans tenter de le contourner ou choisir d'exister qu'à travers les médias et autres canaux. Ils doivent relever le défi. Car, une chose est sûre, notre pays n’aura plus le même visage politique au terme du processus ouvert.

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