L'Union• Lors d'une récente descente dans le Grand Libreville, le chef de l'État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a dénoncé les foyers d'ordures ici et là, les garages anarchiques, les épaves de voitures qui encombrent les abords des voies. Quel est votre plan pour venir à bout de ce fâcheux décor ?
-Eugène M'ba : Tout en vous remerciant, je tiens d'abord à rappeler que la problématique de l’insalubrité endémique dans Libreville est une préoccupation permanente depuis des décennies. Un problème complexe, transversal, républicain, qui appelle une volonté politique affirmée de l’État central pour une thérapie appropriée. Le chef de l'État se saisit à son tour de ce problème avec une impulsion nouvelle, matérialisée par des recommandations fortes et précises qui vont désormais orienter notre Plan stratégique de lutte contre l’insalubrité. Vous avez pu observer que depuis quelques jours, les maires du Grand Libreville, sous la coordination de la tutelle centrale (entendez le ministère de l'Intérieur) et, particulièrement, de la vice-présidence du gouvernement, tiennent des réunions pour justement élaborer un "Plan intercommunal de propreté et de lutte contre l’incivisme". Ce plan est un document de cadrage stratégique destiné à informer, collecter, encourager et, éventuellement, sanctionner, les dérives et l'incivisme. Quatre constats ont prévalu pour le concevoir : la forte production des déchets, l’incivisme persistant des populations, la rupture du rythme de collecte et la multiplication des dépôts sauvages. La problématique de l’insalubrité étant pratiquement identique dans les 4 communes du Grand Libreville, celles-ci ont choisi de travailler en synergie...
...Autrement dit ?
-Que nous avons décidé de conjuguer nos efforts pour vaincre l'incivisme et son corollaire d'occupation du domaine communal par des garages et marchés anarchiques, des dépôts sauvages d'ordures, etc. Mais l'éradication de ces phénomènes nécessite une opérationnalisation novatrice qui induit l'amélioration du système de collecte actuel par la réhabilitation des voiries et le respect scrupuleux des horaires de collecte. La propreté est un droit qui implique une responsabilité partagée.
La commune assure le service, le prestataire respecte ses engagements, le citoyen respecte les règles. Les opérations de sensibilisation doivent s'intensifier. Dans le cadre du plan communal de propreté et de lutte contre l’incivisme, des brigades de propreté vont être déployées pour assurer la surveillance sur le terrain. Des sanctions sont prévues pour dissuader les récidivistes. Le succès de cette politique est subordonné à la mise en place de moyens logistiques et financiers conséquents qui devront traduire la volonté politique de lutte contre l’insalubrité.
Depuis votre retour à la tête du conseil municipal de Libreville, vous multipliez des initiatives. Que visez-vous et quelles difficultés rencontrez-vous sur le terrain ?
-Faire son propre bilan n'est pas souvent aisé pour la simple raison qu'on ne peut être à la fois juge et partie. Je me contenterai donc de justifier les initiatives prises et les actions qui en découlent. Il convient de rappeler que le plan d’action communal repose sur les aspirations des populations qui nous ont accordé leurs suffrages et s’arrime au projet de société du président de la République.
Dans la mesure où les populations se plaignent surtout des nuisances sonores et de l’occupation anarchique du domaine communal, nous avons alors initié des actions pour lutter contre ces fléaux. Bien sûr, les opérations entreprises dans ce sens sont encore loin d'atteindre leurs objectifs, mais une prise de conscience progressive, certes encore timide, s’opère et augure des lendemains meilleurs.
On observe peu à peu, ici et là, des comportements citoyens, au bénéfice d’une ville davantage conviviale, moins bruyante et mieux aménagée. Par ailleurs, la forte dégradation des voiries nous a conduits à solliciter les entreprises spécialisées en la matière pour réparer les "nids-de-poule" et autres dégradations de la chaussée. Un recensement aussi exhaustif que possible a été, au préalable, effectué dans chaque arrondissement.
Ces travaux ont bien démarré et doivent se poursuivre à un rythme soutenu, dans la perspective notamment des grands événements attendus dans notre capitale dès l’année prochaine. Nous avons à coeur d’intensifier les initiatives et d’accélérer le déploiement de notre plan d’action, ce malgré les nombreux goulots d’étranglement qui entravent l'entrée en vigueur effective de la décentralisation, et brident aussi l’initiative municipale.
Parmi vos grands chantiers, la digitalisation de l'état civil et des recettes municipales figure en bonne place. Où en êtes-vous avec cet aspect ?
-La digitalisation est un outil essentiel de lutte contre la corruption. Elle renforce la traçabilité, la transparence et le contrôle des opérations. La réussite de cette réforme va dépendre de l’adhésion des commerçants. La sensibilisation de ces derniers pour qu'ils adhèrent au projet est une étape importante vers sa réussite.
Tout autant que leur identification et leur recensement. Nos équipes sont sur le terrain pour mener à bien ce travail préliminaire. Le premier chantier ouvert par mes prédécesseurs a porté sur la digitalisation des recettes municipales que nous sommes en train de finaliser par l’achèvement de l’implantation du logiciel et le recensement des opérateurs assujettis à la fiscalité municipale. En tout cas, la digitalisation est déjà opérationnelle et va s’imposer progressivement comme seul mode de recouvrement des taxes et amendes municipales.
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