Lundi 1er juin 2026. Salle d’audience du tribunal militaire de Yaoundé. L’atmosphère est lourde. Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo, voix critique enlevée le 17 janvier 2023, entre dans sa phase la plus éprouvante. Les experts judiciaires passent à la barre. Puis les images. Des vidéos et des enregistrements téléphoniques de la torture infligée au journaliste sont diffusés. «Insoutenables», selon les présents. La salle se fige. Martinez Zogo, directeur de Radio Amplitude, a été séquestré et torturé pendant plusieurs jours avant d’être retrouvé mort.
La DGRE au coeur des accusations
L’expert confirme ce que l’accusation martèle depuis 3 ans : l’implication opérationnelle de membres de la Direction générale de la recherche extérieure, la DGRE. Le cerveau présumé : Justin Danwe, chef de la brigade anti-gang de la DGRE, déjà en détention.
Mais le procès remonte plus haut. Selon les révélations faites à l’audience, Martinez Zogo lui-même accusait Jean-Pierre Amougou Belinga, le patron de la télévision Vision 4, d’être le commanditaire du crime. Motif : des détournements d’argent public dont aurait bénéficié le magnat des médias. Et pour verrouiller le système, Zogo citait l’appui de deux poids lourds de l’État : Louis-Paul Motaze, ministre des Finances, et Laurent Esso, ministre de la Justice.
Un tournant décisif
Après 3 ans d’instruction, ces vidéos et écoutes marquent un tournant. Elles donnent une matérialité crue aux accusations. La DGRE, service de renseignement, se retrouve au banc des accusés. La connexion Danwe-Amougou Belinga est jugée «étroite» par l’expert. Le procès Zogo dépasse le cas d’un journaliste assassiné. Il met à nu les rapports entre pouvoir, argent, médias et services secrets au Cameroun. En pleine période de « fin de règne» avec Paul Biya, 93 ans, cette affaire ravive les débats sur les «clans rivaux» qui s’affrontent dans l’ombre.
Martinez Zogo est mort en criant à la corruption. Trois ans plus tard, ses bourreaux présumés répondent devant la justice. Les vidéos diffusées le 1er juin 2026 ont fait taire la salle. Elles obligent maintenant le Cameroun à regarder la vérité en face : qui a tué Martinez Zogo, et pourquoi ? La réponse est au tribunal. Le pays attend le verdict.
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