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Chroniques

[Espace Santé] - Automédication : quand se soigner seul devient un danger public

Rudy HOMBENET ANVINGUI, journaliste à l'union

Aux urgences d'une structure hospitalière de la place récemment, une mère arrive inquiète avec son enfant fiévreux : "la fièvre ne passait pas, alors je lui ai donné des médicaments contre le paludisme", explique-t-elle. Après examens, le diagnostic tombe : l’enfant ne souffrait pas du paludisme, mais d’une infection nécessitant un traitement totalement différent. Un cas parmi tant d’autres qui illustre les dérives silencieuses de l’automédication.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 50 % des médicaments dans le monde sont mal prescrits, mal délivrés ou mal utilisés. En Afrique, l’automédication concerne jusqu’à 70 à 80 % des patients avant toute consultation médicale. Antipaludiques, antibiotiques, antalgiques ou anti-inflammatoires circulent librement, souvent conseillés par l’entourage, les réseaux sociaux ou les vendeurs informels.

Les raisons sont connues : coût élevé des consultations dans les officines, éloignement des structures sanitaires, perte de temps dans les hôpitaux, illusion de connaître déjà la maladie. Beaucoup pensent gagner du temps alors qu’ils en perdent parfois sur leur santé.

Les conséquences, elles, sont graves : retards de diagnostic, intoxications médicamenteuses, aggravation des maladies, résistances aux antibiotiques, voire décès évitables. L’enfant traité à tort contre le paludisme aurait pu voir son infection évoluer vers une complication sévère.

Cette réalité doit interpeller, car l’automédication n’est pas un acte anodin. Il faut renforcer l’éducation sanitaire, mieux encadrer la vente des médicaments, alléger le coût des consultations et le temps mis avant d'être reçu, etc.

Dès lors, il revient aux personnels de santé une responsabilité majeure : écouter davantage, expliquer clairement les traitements et rendre l’information accessible et humaine. Car lorsqu’un patient choisit de se soigner seul, ça peut être le signe d’un système sanitaire qui n’a pu le rassurer.

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