En marge de la Black History Art organisée durant le mois de février, l’atelier dramatique Eyeno a présenté '' Mwana Mi '', adaptation de la pièce Amon-Mi (Mon enfant) du dramaturge béninois Ousmane Aledji. La représentation s’est tenue le 25 février à l’Institut français de Libreville. Et les suiveurs de la page Facebook "Atelier dramatique Eyeno'' n'ont pu rater les répétitions qui y étaient partagées comme des sortes de mise en bouche.
Et, le jour J, ils étaient là ! La scène s’ouvre ainsi sur deux hommes cagoulés. L’un tient une pelle. L’autre un bébé. Le dilemme est brutal. Enterrer l’enfant vivant ou lui laisser une chance. Il pleure. Il regarde, candide. Il n’a que deux jours, apprend-on.
Puis entre en scène une femme vêtue de blanc, chantant. Peu à peu, le spectateur comprend qu’il s’agit d’un procès. Celui des hommes. Celui d’une communauté qui s’arroge le droit de décider qui mérite de vivre.
L’enfant serait différent. Peut-être albinos. Peut-être perçu comme sorcier. Dans tous les cas, il porterait malheur. Et pour certains, cela suffit à justifier sa disparition.
Mais qui donne aux hommes le pouvoir de décréter la normalité ? Qui leur accorde le droit de vie ou de mort sur un être humain au nom de croyances ou de peurs collectives ?
Pour Michel Ndaot, responsable de l’atelier Eyeno, '' Mwana Mi '' n’est pas un simple spectacle. Pendant 55 minutes, la pièce dénonce les crimes rituels et les violences faites aux enfants vulnérables. Un cri contre les dérives de certaines pratiques traditionnelles. Une réalité qui dépasse le cadre du Gabon et concerne plusieurs sociétés africaines où des enfants sont encore stigmatisés.
La mise en scène se veut poétique, mais ancrée dans le réel. Un mélange d’esthétique et de brutalité, non pour choquer, mais pour obliger à réfléchir.
Au-delà du message, une autre préoccupation apparaît, celle de la circulation des oeuvres. '' Après Libreville, comment jouer à Yaoundé ? À Kinshasa ?'' interroge Michel Ndaot. Le problème du théâtre gabonais, dit-il, n’est pas la création. C’est la diffusion. Sans réseau, un spectacle ne vit pas. Sans scènes pour l’accueillir, la créativité reste invisible.
Pourtant , à l’ issue de la représentation, le public s’est levé pour une standing ovation. Preuve que le théâtre, lorsqu’il touche juste, trouve toujours écho. Reste à lui offrir l’espace pour continuer à parler. Et pas que sur la toile !
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