Le premier Conseil des ministres du gouvernement "Oligui III" a ouvert un nouveau chantier politique : la refonte de la gouvernance électorale. Le 15 octobre, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a posé les jalons d’une réforme qui vise à moraliser la vie publique, à lutter contre les pratiques contestées lors des scrutins et à responsabiliser davantage les citoyens. Au coeur de cette orientation : la remise à plat du fichier électoral et l’instauration du vote obligatoire.
Pour le chef de l’État, le développement du pays ne peut se concevoir sans une modernisation de l’administration et des pratiques politiques. Une ambition qui, selon le communiqué final du récent Conseil des ministres, doit prendre en compte les attentes exprimées par les Gabonais lors du Dialogue national inclusif (DNI) d’avril 2024.
"Le combat pour le développement passe en outre par la moralisation de la vie publique et politique", souligne le texte, qui préconise également de mettre fin à "l’instrumentalisation des populations lors des scrutins, notamment au transport organisé d’électeurs". Derrière ces orientations se dessine une réforme du Code électoral. Les ministères de l’Intérieur et de la Réforme et des Relations avec les Institutions devraient être mobilisés pour traduire ces annonces en dispositions législatives, soumises ensuite à l’examen du Parlement. L’objectif affiché est double : renforcer la participation citoyenne et combattre la transhumance électorale, cette pratique qui consiste à déplacer des électeurs d’une circonscription à une autre pour peser sur les résultats.
Ces électeurs, péjorativement désignés comme des "boeufs votants", sont régulièrement au centre des controverses sur la sincérité des scrutins. L’idée du vote obligatoire n’est toutefois pas nouvelle dans le débat politique gabonais. Dès juillet 2009, l’avocat et homme politique Louis-Gaston Mayila la défendait dans son ouvrage "La refondation de l’État au Gabon". Il y voyait un levier pour refonder la République et réimpliquer les citoyens dans la vie politique. À l’époque, il déplorait que le "premier parti" du pays ne soit ni le Parti démocratique gabonais (PDG), alors au pouvoir, ni une formation de l’opposition, mais l’abstention.
Près de dix-sept ans plus tard, cette proposition franchit une nouvelle étape. Portée désormais au sommet de l’État, elle s’inscrit dans la volonté affichée de revoir les règles du jeu électoral. Reste à en préciser les modalités : les sanctions éventuelles en cas d’abstention, les exceptions prévues et les garanties nécessaires pour préserver la liberté du vote. Ce d'autant plus qu'une question se pose : le vote obligatoire suffira-t-il à restaurer la confiance ?
La crédibilité de la réforme dépendra en tout cas, de sa mise en oeuvre et de la capacité des institutions à garantir des élections transparentes.
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