Après que la Cour des comptes a rendu public, il y a quelques jours (L'Union du 2 septembre 2026), le fait que 1 700 milliards de FCFA restent dus à l'État par des agents publics et des entreprises privées, un développement est apparu ces dernières heures : les débiteurs ont désormais un mois pour restituer les sommes détournées. Soit du 7 septembre au 7 octobre 2026.
Passé ce délai, la procédure change de nature. Les dossiers non régularisés seront transmis à un juge qui pourra traduire les personnes concernées devant la Cour criminelle spéciale. La mise en débet, elle, reste applicable jusqu'à quatre générations après le décès du débiteur principal. Une disposition qui montre la portée du dispositif.
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Ce sont, au total, 600 personnes physiques et morales qui sont concernées par cette injonction. Parmi les mis en cause figureraient d'anciens ministres, des maires, des présidents d'assemblées départementales, des comptables publics (c'est-à-dire les agents chargés de manier les fonds) ainsi que des chefs d'entreprises ayant été payés sans avoir exécuté les prestations correspondantes.
Pour rappel, le Premier président de la juridiction financière, Alex Euv Moutsiangou, avait indiqué que ce montant correspond à vingt ans de débets et d'amendes non recouvrés, documentés par des décisions de justice restées lettre morte ou seulement partiellement exécutées. "Nous avons 1 700 milliards de FCFA de débets et d'amendes que les compatriotes concernés doivent restituer à l'État ", avait-il déclaré. Il avait aussi situé l'ampleur du montant en une phrase : "1 700 milliards de CFA, c'est l'équivalent du budget de certains pays." Un point mérite d'être posé clairement : les 1 700 milliards ne sont pas une somme déjà encaissée par le Trésor public. Il s'agit d'un stock de créances accumulées sur deux décennies, révélées au fil des missions de contrôle de la Cour.
Ce montant a été, entre autres, consolidé au terme d'audits qui ont été effectués dans plusieurs secteurs sensibles : la sécurité sociale, les évacuations sanitaires, le Fonds des Gabonais économiquement faibles, ainsi que la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Rapporté au budget rectifié de l'État pour 2026, arrêté à 5 495,2 milliards de FCFA, ce montant représente environ 31% de l'enveloppe annuelle. C'est un ordre de grandeur qui explique, en partie, les réactions suscitées par l'annonce.
Et cette dernière, qui tombe en pleine cure budgétaire, n'est pas neutre. L'annonce intervient quelques semaines après l'adoption d'un collectif budgétaire qui a ramené le budget de l'État de 6 358 à 5 495,2 milliards de FCFA. Soit une coupe de 13,57 %, dont près de 968 milliards rognés sur l'investissement.
Dans ce contexte de resserrement, où l'agence Fitch évalue la dette publique gabonaise à environ 81% du PIB avec une trajectoire vers 87,6 %, un stock de créances impayées équivalant à 31 % du budget annuel prend un relief particulier : il rappelle que la marge de manoeuvre budgétaire ne dépend pas seulement des arbitrages, mais aussi de la capacité de l'État à faire rentrer ce qui lui est déjà dû.
Et ce n'est sans doute pas le seul dossier sur lequel va agir le gouvernement.
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