Le gouvernement entre en guerre contre les trafiquants d’eau potable, à la suite d’une décision, d’une rare fermeté, qui en dit long sur la gravité d’un fléau qui, depuis des années, prospère dans l’ombre des robinets vides, transformant la détresse des populations en un commerce lucratif parallèle, en un marché noir bien ancré.
En proclamant l’état d’urgence hydrique sur l’ensemble du territoire national, les autorités s’attachent désormais à démanteler ce réseau structuré, organisé, installé dans la durée, sévissant dans les quartiers de la capitale et les zones périphériques. Un système qui a prospéré au vu et au su de tous, avec la complicité active d’agents et de cadres de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), et dont les principaux bénéficiaires, nous le savions, sont des ressortissants étrangers.
Nul n'ignore que pendant des années, ce commerce de l’eau s’est développé en totale impunité, exploitant la carence criante d’un service public en faillite. Avec des prix des cuves d'eau atteignant parfois 20 000 francs CFA. Un fardeau quotidien pour des familles déjà contraintes de payer des factures sans jamais voir l’eau couler de leurs robinets. Une double peine, financière et morale, que les nouvelles mesures entendent briser.
En fixant les prix du mètre cube, en plafonnant le coût des fûts et des petites livraisons, ce pan de l’Exécutif agit sur le levier le plus immédiat, pour préserver le pouvoir d’achat des plus vulnérables. Cette baisse spectaculaire des tarifs est un soulagement tangible pour des milliers de ménages. Mais, au-delà du geste social, il apparaît comme un véritable coup de semonce adressé aux réseaux «mafieux» qui seront désormais face aux Forces de défense et de sécurité, seules habilitées à assurer la distribution.
Les opérations de saisie des 55 véhicules identifiés ne sont qu’un premier acte de cette bataille. Il faut reconnaître que ces mesures, pour spectaculaires qu’elles soient, n’en demeurent pas moins des solutions provisoires, des pansements sur une plaie ouverte. Car, leur caractère exceptionnel souligne, tout aussi, l’urgence d’apporter des réponses structurelles nouvelles, puisque ces décisions ne peuvent se substituer à la réhabilitation en profondeur des infrastructures, après l’échec du Piaepal, encore moins, à la mauvaise gouvernance et autres trafics qui ont conduit Dame SEEG à la mort.
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Ayant fait du règlement de la crise de l’eau et de l’électricité une priorité nationale, Brice Clotaire Oligui Nguema a donc décidé de frapper fort contre le trafic de l’eau, dans le même temps, pour mettre fin au système de prédation qui a longtemps sévi dans le pays. Il faut s'en féliciter et souhaiter que l’objectif recherché soit atteint pour le bien des ménages.
Toutefois, le véritable succès de cette opération ne se mesurera pas seulement au nombre de saisies, ni au contrôle des circuits de ravitaillement et de vente de l'eau, mais à la capacité de l’État à rétablir durablement ce liquide dans les foyers. En somme, tant que chaque ménage ne disposera pas d’un accès continu à cette ressource vitale, l’état d’urgence hydrique ne sera qu’une parenthèse, nécessaire, certes, mais insuffisante. Il faudra plus que cela pour que l'eau redevienne enfin un droit, et non plus une denrée au coeur d'un système de prédateurs.
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