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Chroniques

[Editorial] - Port de Kobe-Kobe : l’audace ou rien

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

Avec le lancement des travaux du port en eau profonde de Kobe-Kobe, le président Brice Clotaire Oligui Nguema vient de poser un acte de rupture. Celui d’un pays qui décide de ne plus subir sa géographie, mais de l’exploiter pour moderniser son économie.

L’histoire du Gabon rappelle que, pendant des décennies, la question des infrastructures a été l’un des principaux défis des économies des pays africains riches en ressources naturelles. Notre pays, ouvert sur l'océan Atlantique, n’y a pas échappé, se contentant, bon gré mal gré, souvent du rôle de simple fournisseur de matières premières : minerais, bois, hydrocarbures.

Une situation qui se traduisait concrètement par des ports vieillissants, au tirant d’eau limité, incapables d’accueillir les porte-conteneurs et autres grands navires de nouvelle génération. La conséquence ? Durant des années, les navires géants ont contourné Libreville pour accoster dans d'autres pays de la sous-région, avec leur lot de pertes et d’impacts négatifs sur nos échanges commerciaux et nos activités portuaires.

Avec Kobe-Kobe, port spécialisé dans le transport de minerais, la donne va changer considérablement. À côté des autres ports nationaux, il ne s’agira plus seulement d’acheminer plus vite les cargaisons vers les marchés mondiaux mais de s'ouvrir aussi aux plus grands transporteurs océaniques, s'offrir une connexion directe aux chaînes logistiques internationales. Et permettre, in fine, à notre pays d'entrer dans la cour des grands ports atlantiques.

L'enjeu, une fois le port en service, est clair : exporter davantage de produits à plus forte valeur ajoutée. Comme on le dit dans le secteur, un port ne doit pas seulement expédier. Il doit attirer des unités de transformation, des zones logistiques, des investisseurs. En somme, devenir un hub industriel régional.

Dans le contexte actuel, on ne peut mieux rêver pour un pays en pleine construction. L’ambition est à la hauteur de l’audace du projet porté par le président Oligui Nguema. Promesses de création d’emplois pour les Gabonais, transfert de compétences, activités génératrices de revenus, développement local… autant de défis et de perspectives inédites.

Mais pour que Kobe-Kobe ne devienne pas une simple vitrine déconnectée du pays réel, ne reste pas ce vain langage familier ("kobe-kobe" en langue fang), l’audace doit se concrétiser sur le terrain, dans la réalisation même de ce vaste et ambitieux projet structurant qui participe de la transformation de notre économie. Le Gabon a connu de multiples grands chantiers jamais achevés. Ce temps est révolu.

C’est aussi à Kobe-Kobe que se joue le futur du Gabon.

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