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Société & Culture

[Editorial] - Crise de l'éducation : L’impossible équation ?

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

L'école gabonaise, déjà ébranlée par une crise persistante, franchit un nouveau seuil d’angoisse et d'incertitude. Tiraillée entre l’injonction, pour ne pas dire, l'appel réitéré du gouvernement à la reprise des cours et le refus catégorique des enseignants grévistes, elle s’enfonce un peu plus dans une impasse au moment même où le pays espérait voir s’éloigner le spectre d’une année blanche, menaçant de réduire à néant l'avenir de toute une génération.

Le gouvernement estime avoir épuisé toutes les cartouches et recours pour sortir de cette crise : dialogues directs, intervention personnelle du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, médiations, signature d’un protocole d’accord, et mesures de "clémence" en faveur de syndicalistes emprisonnés en signe de dégel. Il affirme avoir beaucoup donné.

Pourtant, les enseignants campent sur leurs positions, jugent ces engagements insuffisants, signe évident d’une fracture profonde et d’une défiance accumulée au fil de décennies de luttes corporatives nourries de frustrations autour des situations administratives bloquées et des conditions de vie précaires pour des milliers d'entre-eux. Leur intransigeance interroge, tout comme la radicalité de certains de leurs modes d’action, dans un contexte où l’apaisement et le dialogue sont pourtant proclamés normes de gouvernance et de résolution des conflits sociaux.

Dans ce contexte, se pose la question de savoir si ce durcissement est justifié, alors même que le chef de l’État a enjoint à son gouvernement de prendre à bras-le-corps les difficultés de cette corporation et de dialoguer. Pour d'aucuns, rien, aujourd’hui, ne semble légitimer une escalade qui mènerait droit à la catastrophe d’une année blanche. Une issue que personne ne souhaite, ni les élèves et leurs familles, ni, à bien y réfléchir, les grévistes eux-mêmes, qui en subiraient à terme les lourdes conséquences.

Dès lors, pour éviter ce naufrage collectif, la voie d'un compromis salvateur est impératif. Un sursaut s'impose donc de la part des enseignants qui doivent comprendre que le courage aujourd'hui n'est pas seulement dans la résistance, mais dans la capacité d'avancer pour sortir de l'impasse, du bras de fer. Accepter une solution imparfaite, reconnaître les acquis obtenus, n'est pas une capitulation, c'est sauver l'essentiel, sauver l'école elle-même. C'est aussi donner une chance à la mise en oeuvre des engagements, sous la surveillance de tous. Le refus systématique de toute avancée au nom d'un idéal de revendication totale, peut, dès lors, être assimilé à une sorte d'irresponsabilité, tout simplement parce qu'aucune cause, aussi noble et juste fut-elle, ne peut légitimement sacrifier l'éducation d'un pays. Dans tous les cas, ce sont eux, les enseignants, qui détiennent la clé de la reprise pour éviter que les apprenants, leurs élèves, ne soient les otages ou encore les victimes expiatoires d'un malaise profond qui traverse le monde éducatif. En la tournant dans le sens d'un retour en classes, ils ne signeraient pas un renoncement, mais un acte salvateur, prouvant que leur combat, au-delà des aspects mis sur la table des discussions, vise tout aussi bien l'intérêt supérieur des élèves qu'ils forment. C'est à cette condition que l'équation de la crise scolaire qui bloque l'avenir des enfants et in fine du pays pourrait trouver sa solution.

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