Depuis plusieurs jours, le front social gabonais est en ébullition. Grèves et menaces de paralysie secouent divers secteurs, tous unis par une revendication commune et légitime : l’amélioration des conditions de vie.
Cette exigence, adressée aux gouvernants dont la responsabilité première est d’assurer le bien-être des populations, a heureusement trouvé un écho auprès des autorités. Le gouvernement d’Oligui Nguema a en effet engagé, dès le début de la crise, un dialogue pour répondre, étape par étape, aux préoccupations des personnels en grève, tous désireux de changements concrets.
Et si les efforts des autorités et les avancées promises dans certains secteurs, avec des concrétisations attendues dès février prochain, sont à saluer, une inquiétude persiste cependant et se répand. Car même si l'on peut reconnaître la pertinence et la justesse du combat social en cours, et qu'il n'est nullement question de tuer le messager, on déplore néanmoins, un peu partout, une certaine confusion. Un flou artistique qui entoure l’identité des porteurs de ces causes. Qui sont les véritables défenseurs, porte-voix ou médiateurs de cette colère sociale ? La question vaut son pesant d'or. Si tant est que, à la table des négociations ou sur les plateaux de télévision, la présence d’interlocuteurs présentés comme les représentants des corporations en colère, alimente le doute.
Pour beaucoup, ces personnages manquent cruellement de représentativité. Leur parcours, leurs antécédents, leur opportunisme flagrant leur dénient, aux yeux d’une grande partie de l’opinion, toute légitimité.
Leur simple apparition suscite un choeur de questions récurrentes : que font-ils là ? Qui représentent-ils vraiment ? Qui les a mandatés ? Sont-ils les plus à même de défendre les intérêts des mouvements revendicatifs ? Pourquoi les autorités acceptent-elles de traiter avec des personnes aussi contestées ? Les Gabonais seraient-ils à ce point dupes pour accorder du crédit à des figures parfois rejetées par le passé ? Pourquoi n’entend-on plus la voix des leaders syndicaux établis ? Ont-ils perdu toute crédibilité ?
Autant de questions. Et cet inventaire à lui seul révèle l’ampleur du scepticisme. Mais une question fondamentale émerge : le mouvement syndical gabonais, englué dans la duplicité et les compromissions passées de certains de ses "cadres", ne serait-il pas victime de ses propres errements ? C'est tout comme.
Toutes ces interrogations mettent en lumière une crise de légitimité à double facette. D’un côté, ceux qui tentent de s’imposer par roublardise sur la scène sociale. Ils prospèrent dans des structures nébuleuses, peu contrôlables, à l’image de "SOS Éducation", ou de certains mouvements autoproclamés "intelligentsia" dans le Supérieur. Des plateformes qui ont réussi à émerger dans un environnement social chaotique, où se mêlent apprentis sorciers, intérêts claniques et profiteurs de tous bords, chacun tentant de faire croire qu’il maîtrise la base et peut influencer le mouvement.
De l’autre côté, il y a ceux qui, hier encore, étaient les porte-voix incontestés, et qui se retrouvent aujourd’hui marginalisés, discrédités, en perte de vitesse. Incapables de porter un discours clair ou une directive unificatrice, ils ont laissé s’installer une confusion généralisée et une impasse préoccupante, notamment dans le secteur éducatif, contribuant à amplifier le trouble sur le front social. Face à cette situation de défiance et d’illégitimité croissante, une clarification s'impose, qui commande à toutes les parties prenantes (État, syndicats traditionnels, nouvelles associations) de revisiter le cadre du dialogue social, fondé sur des règles claires de représentativité, de transparence des mandats et de responsabilité des interlocuteurs. L’État ne peut se contenter de discuter avec qui se présente ; il doit exiger des preuves de légitimité. Les organisations, tant anciennes que nouvelles, doivent rendre des comptes à leurs bases et retrouver une crédibilité sur le front social et dans l'opinion.
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