La scène politique se durcit à coups de déclarations tonitruantes. Entre défense du pouvoir et critique de l’opposition, les mots sont devenus les premières armes d’une bataille qui ne dit pas encore son nom. À peine sortie des dernières échéances électorales, la scène politique se mue déjà en arène. D’un côté, une majorité qui défend bec et ongles le pouvoir, parfois avec une condescendance assumée. De l’autre, une opposition prompte à dénoncer, critiquer et mobiliser contre chaque faux pas. Un clivage typiquement gabonais, enraciné dans des années de rapports de force politisés.
Le 28 mars à Lambaréné, Séraphin Akure-Davain, vice-président de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) au pouvoir, n’a pas mâché ses mots. “Nos amis d’en face parlent beaucoup. Si j’étais à leur place, je me tairais un peu, car j’aurais honte de parler”, a-t-il lâché. Et d’ajouter : “Allez leur dire que, pour l’instant, ils doivent laisser Oligui Nguema travailler. Il va nous montrer ce dont il est capable, et ensuite nous ferons le bilan”. Ici, le silence devient arme et l’action présidentielle justification ultime. Mais l’opposition ne se laisse pas intimider. À peine une semaine plus tard, Vincent Moulengui Boukosso, président de la Coalition pour la nouvelle République (CNR), a enfoncé le clou. “Ce régime porte en lui les germes de son discrédit, qui l’enfonce chaque jour dans la mal-gouvernance, l’État de non-droit et l’autoritarisme aggravés”, a-t-il argué. Ici, pas de patience. La critique s’appuie sur le ressentiment populaire.
Une confrontation verbale pas encore dictée par l’urgence d’une campagne, mais visiblement par la construction d’image et la bataille pour façonner les esprits. La majorité tente d’imposer un narratif de stabilité et de compétence, tandis que l’opposition cultive la vigilance citoyenne et met en lumière les frustrations populaires accumulées depuis des années. Les mots deviennent des projectiles, et chaque camp tente de marquer les esprits avant même que la course électorale ne recommence.
Mais au-delà des mots, que se joue-t-il réellement ? Jusqu’où le pouvoir peut-il imposer sa feuille de route sans risque de fracture sociale ? L’opposition saura-telle transformer ses invectives en influence concrète, ou restera-t-elle prisonnière du registre de la dénonciation ? Dans le pays, les déclarations tonitruantes trahissent souvent autant de stratégies que de tensions. Et dans ce duel où les mots sont des armes, chacun espère en tout cas, marquer les esprits. Qui aura le dernier mot ?
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