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Chroniques

[Tribune des partis politiques] - “École cadeau, hôpital cadeau” : l’incantation permanente d’un parti en suspens

Alix-Ida MUSSAVU-KOMBILA , journaliste à L'Union

Le triptyque du Rassemblement pour le Gabon (RPG), “École cadeau, hôpital cadeau, travail pour tous” a longtemps résonné dans l’imaginaire politique gabonais. Porté par la figure charismatique de Paul Mba Abessole, il symbolisait rupture sociale et promesse de justice dans un paysage politique dominé et verrouillé.

Difficile de contester la noblesse d’une telle ambition. Qui refuserait une école accessible à tous, des soins hospitaliers gratuits, un emploi pour chaque diplômé ? Le slogan répond à des frustrations profondes et persistantes. Aujourd'hui encore, il résonne bien dans les rangs du RPG puisqu'en prenant la présidence de ce parti le 21 février, Raphaël Edzang a fait de l'“École cadeau, hôpital cadeau”, les piliers de son projet politique.

Mais plus de trente ans après son émergence, une question mérite d’être posée sans détour : dans le Gabon d’aujourd’hui, ce programme relève-t-il encore du possible ou du rêve éveillé ? Il exige des mécanismes, des arbitrages budgétaires, des réformes structurelles. Et c’est précisément là que le bât blesse. Sauf à s’y méprendre, le RPG n’a jamais véritablement décliné les modalités concrètes de mise en oeuvre de ce programme. Comment financer durablement la gratuité totale ? Quelle réforme fiscale pour compenser les charges ? La gratuité réelle, dit-on, n’est jamais gratuite : elle a un coût élevé, permanent, exigeant.

Dans un pays confronté à des contraintes budgétaires, à des fragilités administratives, l’absence de déclinaison technique interroge. La difficulté est d’autant plus visible que le parti peine aujourd’hui à peser politiquement. Après l’ère Mba Abessole, il semble survivre davantage par la mémoire que par l’influence réelle. La transition entre Laurent Angue Mezui et Raphaël Edzang a même laissé transparaître une crise interne. En dénonçant des “contre-vérités” à son encontre, Angue Mezui a révélé des fractures peu rassurantes pour une formation qui ambitionne de gouverner. Son adresse, empreinte d’avertissement à son successeur, en dit long. Un parti qui ne parvient pas à consolider sa cohésion peut-il sérieusement prétendre restructurer l’État social ?

Une autre question devient inévitable : le RPG croit-il encore à la faisabilité immédiate de cet idéal social ou entretient-il un rêve mobilisateur ? Le rêve éveillé n’est pas en soi condamnable en politique. Il inspire, rassemble. Mais lorsqu’il n’est pas adossé à une ingénierie crédible, il finit par perdre sa force. À défaut de démontrer, enfin, la faisabilité d'un si vieux programme, il risque de rester ce qu’il est devenu au fil du temps : un héritage rhétorique puissant, mais suspendu dans l’abstraction.

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