Le 23 septembre 2025, le Gabon avait officiellement interdit l’usage des sacs plastiques à usage unique. La mesure visait à répondre à la pollution générée par ces sacs. Le gouvernement avait accordé un délai de trois mois aux opérateurs économiques (commerçants, revendeurs, producteurs, etc.) pour adopter des alternatives durables. Pourtant, depuis plusieurs semaines, le constat est implacable : les sacs plastiques à usage unique sont de retour à Libreville, Owendo et Akanda.
À l’Ancienne Sobraga à Libreville, un boutiquier explique ne pas avoir de justification à donner. Il indique que l’offre continue, donc la vente aussi. "Ils ont d'abord interdit ces objets en plastique, après ils ont dit qu’il y a un délai. Si les grossistes nous apportent ça, nous allons toujours en vendre aussi", lâche-t-il, en montrant des sachets empilés derrière son comptoir.
Même constat à Owendo, où une vendeuse de fruits et légumes affirme que la pression des clients ne lui laisse pas la moindre marge de manoeuvre. Même si elle reconnaît que ces sacs ne sont pas sans danger. Pour elle, il est impossible de faire un choix. "On sait que ce n’est pas bon pour la santé, mais on ne peut pas aussi donner les aliments aux clients dans les mains. Ils refusent d'acheter les autres sacs", explique-t-elle.
À Akanda, un cordonnier pointe surtout le prix. Dans son atelier, les sacs plastiques servent à emballer des chaussures réparées ou d'autres objets des clients. "Nous achetons le paquet à 1 000 francs. Il y a un lot de 3 sacs, pour 100 sacs à l’intérieur", a détaillé Oumar. Avant d’aller plus loin. Selon lui, l’interdiction ne tient pas parce que l’argent finit toujours par parler. "Dans ce pays, c’est l’argent qui parle. Nous les achetons parce que c’est moins cher et les clients préfèrent ça", insiste-t-il.
Au marché de Mont-Bouët, certains grossistes le disent sans détour : la demande reste forte et la marchandise continue d’entrer, parce qu'il n'y a pas de contrôles. "Même si l’interdiction est là, tant que les clients en réclament et que les contrôles sont absents, les sacs reviendront forcément sur le marché", confie un opérateur ayant gardé l'anonymat. Et le contrôle semble justement être le noeud du problème.
Selon plusieurs commerçants interrogés, ni la DGCCRF, ni l’Agasa n’ont mené de mission visible sur le terrain depuis l’entrée en vigueur de la mesure. Même sur leurs réseaux sociaux, aucune de ces entités n'a partagé de mission inopinée ou de rappel à l'ordre depuis janvier dernier. La loi n°009/2024 du 5 août 2024, ratifiant l’ordonnance n°0012/PR/2024, interdit les sacs plastiques à usage unique. Cette réglementation vise à réduire les déchets, protéger les eaux et préserver la biodiversité. Le plastique menace les sols, l’eau, la biodiversité et la santé des habitants.
Près d’une tonne de déchets plastiques a été retirée lors du nettoyage du canal de Bessieux en 2025. Les sachets plastiques continuent de circuler grâce, semble-t-il, à une mafia bien organisée.
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