Le week-end dernier, la scène s’est faite écrin de mémoire et d’émotion. Deux soirs durant, le public a répondu présent pour célébrer l’un des dinosaures, au sens le plus noble, de la musique gabonaise. À 83 ans, affaibli par la maladie et le poids des décennies, Pierre-Claver Akendengué est resté assis tout au long du concert organisé en son honneur. Mais qu’importe la posture lorsque l’âme, elle, demeure debout.
Vendredi comme samedi, la salle affichait complet. Un double sold out qui dit l’attente, la fidélité et l’amour des mélomanes pour celui que beaucoup appellent affectueusement "Tonton Coco". Malgré la fatigue perceptible, sa voix, toujours puissante et habitée, a traversé la salle avec la même intensité qu’aux premiers jours. Le public a embarqué pour un voyage musical remontant aux années soixante, aux sources d’une carrière longue de plus de six décennies, ponctuée de titres mythiques comme Awana W’Africa.
Moment fort du week-end : l’annonce officielle du baptême de la salle au nom de l’artiste. Une ovation longue, debout, réunissant acteurs culturels, proches, personnalités et anonymes, tous unis pour saluer un monument vivant de la culture gabonaise. Pour beaucoup d’observateurs, ces deux concerts à guichets fermés posent une évidence : Pierre- Claver Akendengué mérite aujourd’hui des espaces plus vastes, à la hauteur de son aura. Pourquoi pas le Palais des sports ?
Mais une question, plus profonde, traverse les esprits : comment expliquer que cette reconnaissance institutionnelle vienne de France, quand le Gabon, sa terre natale, ne lui a encore dédié aucun lieu majeur ? Faut-il attendre la disparition de l’artiste pour lui rendre hommage ? Ou se contenter d’honneurs posthumes, alors même que l’homme est là, vivant, créant, transmettant ? Né le 25 avril 1943 sur l’île d’Aouta, dans le Fernan Vaz, auteur, compositeur, interprète et arrangeur, Pierre-Claver Akendengué est l’un des artistes gabonais les plus primés. Son album Africa Obota lui valut en 1976 le Prix de la jeune chanson francophone au Midem de Cannes. En 1985, il décrocha le prix de la meilleure musique de film au Fespaco.
Dernière preuve en date : sa prestation remarquée au siège de l’ONU à New York, le 30 juin dernier, aux côtés de seize icônes culturelles mondiales, accompagné par l’orchestre symphonique de la ville. Le monde honore Akendengué. Le Gabon, lui, est désormais face à son propre défi.
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