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Société & Culture

Nuisances sonores : la mairie sort le bâton

La délégation de la mairie et de la police nationale sur le terrain

Il se fait tard. Dans les ruelles de Nzeng-Ayong un quartier populaire du 6e arrondissement de Libreville, les basses des sound-systems font vibrer les murs des maisons endormies. Les enfants peinent à fermer l’oeil. Les parents serrent les dents, boudent en silence et subissent. Comme d'habitude.

Ce décor ? C’est la réalité quotidienne, devenue insupportable, des milliers de Librevillois. Toute chose qui a d'ailleurs poussé la mairie de Libreville à sortir de sa réserve et franchir le pas : descendre dans la rue et sévir. Histoire de rappeler aux tenanciers des bistrots que leur liberté a des limites.

Et cette nuit du 29 mai écoulé, l'édile de Libreville, Eugène Mba, n’était pas seul. À ses côtés se trouvaient ses adjoints, les maires d’arrondissements, et le bras armé de l’opération : entendez les Forces de police nationale, via la préfecture de police de Libreville, conduites par le général de division, Juste Fernand Mbele. Une délégation de poids pour un message sans équivoque.

La mairie a toujours joué la carte de la pédagogie. Des communiqués de sensibilisation ont été diffusés en amont, appelant les tenanciers de débits de boissons à se conformer à la réglementation. Mais peine perdue ! "Car nombre d'entre eux ne prennent même pas la peine de respecter les mesures prises par les autorités municipales", lâche le maire, avec une franchise qui trahit une réelle amertume. Et de poursuivre : "Comme la sensibilisation n’a pas suffi, place désormais à la fermeté".

Ce jour-là, plusieurs quartiers de Libreville, Cocotiers, Charbonnages, Nzeng-Ayong… et de la commune d'Akanda , ont reçu la visite inopinée du premier magistrat de Libreville. Les zones réputées les plus animées et les plus bruyantes ont été les principales cibles, avec un dénominateur commun : une musique tonitruante débordant sur la voie publique et atteignant le cadre privé des domiciles. Et la présence des mineurs attablés parmi les adultes en plus des règles sanitaires et administratives foulées aux pieds. "La taxe sur les nuisances sonores n’achète pas le droit de terroriser le voisinage", dixit le maire de Libreville. Ladite taxe n'étant qu'"une contribution et non un blanc-seing".

Face aux récalcitrants, les agents municipaux saisissent les appareils audio. Des interpellations s’enchaînent. Les infractions relevées sont multiples : présence de mineurs dans des bars, nuisances sonores caractérisées, non respect flagrant des dispositions réglementaires encadrant ce secteur. "Nous voulons montrer la détermination de la mairie de Libreville à lutter contre les nuisances sonores et faire appliquer la loi", martèle Eugène Mba.

Derrière cette opération, il y a des visages : ceux des habitants excédés et qui, depuis longtemps, multiplient les signalements sans être entendus. Des mères de famille dont les nouveau-nés ne dorment plus. Des élèves qui n'arrivent plus à réviser tranquillement, sans oublier des personnes souffrantes dont le repos recommandé médicalement est malheureusement confisqué nuit après nuit.

L’enjeu est donc de taille : il faut redonner aux Librevillois le droit fondamental à la tranquillité. Même si cela ne se décrète pas en une nuit.

Eugène Mba prévient : cette opération n’est qu’un début car d'autres descentes suivront dans bien d'autres arrondissements de Libreville.

Reste à savoir si la régularité sera au rendez-vous, car dans ce genre de bataille, c’est la constance plus que l’intensité, qui finit par dissuader.

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