La responsable des Éditions Ntsame, Sylvie Ntsame, tire la sonnette d'alarme. Depuis deux ans, les manuels scolaires, pourtant conçus dans le cadre d'un partenariat public-privé avec le ministère de l'Éducation nationale, sont massivement contrefaits et écoulés sur l'ensemble du territoire gabonais.
Le constat est accablant. "Sur un tirage de 80 000 exemplaires de nos ouvrages, à peine 5 000 à 6 000 trouvent preneur légalement. Le reste du marché est inondé de copies falsifiées, quasi identiques aux originaux ; cachets, factures et couvertures reproduits à l'identique, vendues au grand jour, notamment dans les librairies de la gare routière", se désole Mme Ntsame.
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Un contrôle discret, mené via l'achat test d'un parent d'élève, a permis de confirmer la fraude. Le gérant visé, absent du pays le jour même du passage des enquêteurs, reste aujourd'hui introuvable. Pis : les deux employés interpellés ont été relâchés par la justice, laissant le sentiment d'une impunité totale face à ce que Sylvie Ntsame qualifie sans détour de "crime économique".
Les conséquences sont lourdes. Les éditeurs, qui ont investi et emprunté pour produire ces manuels, se retrouvent incapables de rembourser leurs crédits. Les auteurs gabonais, dont les droits sont calculés sur les ventes réelles, sont spoliés : aux yeux du public, leurs livres circulent partout, mais les éditeurs, eux, ne perçoivent presque rien.
Au-delà du préjudice financier, c'est tout un tissu d'emplois locaux qui vacille. Aussi bien les éditeurs comme le GIE Ediprint, les Éditions Ntsame et leurs partenaires font vivre de nombreux Gabonais, commerciaux, imprimeurs, distributeurs, dans un secteur déjà fragile. Chaque livre contrefait vendu est un salaire en moins, une entreprise nationale fragilisée un peu plus.
Sylvie Ntsame en appelle directement à l'État. "Sans une action ferme de la justice et des autorités pour protéger la propriété intellectuelle, ce sont les fondements mêmes de la politique éducative portée par le chef de l'État qui s'effondrent. On ne peut pas être un partenaire de l'État et se voir ainsi lâché", résume-t-elle.
L'urgence est donc claire : sanctionner les réseaux de contrefaçon, sécuriser la distribution des manuels scolaires et redonner aux éditeurs gabonais les moyens de continuer à créer, employer et transmettre.
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