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Chroniques

[Editorial] - Oligui Nguema hier à l'Élysée : les "petits soins" de la France

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

Les visites officielles, de travail ou d’amitié possèdent chacune une saveur diplomatique bien distincte de celle d’une visite d’État. Sous le mandat d’Emmanuel Macron, ce dernier honneur est si rare que seule une poignée de dirigeants dans le monde ont eu le privilège d’y être conviés. Brice Clotaire Oligui Nguema entre désormais dans ce cercle très restreint.

Un fait rarissime pour un chef d’État africain sous la Ve République, tant les protocoles républicains sont habituellement réservés aux grandes puissances. Le président gabonais est «aux petits soins» de la France. Entre la cérémonie aux Invalides, la visite au Château de Versailles et le dîner de gala à l’Élysée – en présence du gotha politique, économique, technique et culturel français – Paris a mis les petits plats dans les grands.

Mais derrière ces "petits soins" se cache un véritable enjeu. Ce tapis rouge déroulé par l’ancienne puissance coloniale agit comme un puissant cachet de légitimité internationale. Un an après son élection, le jeune président gabonais a besoin, plus que tout autre, du soutien de l’Élysée pour rassurer les investisseurs, consolider son assise intérieure et tourner la page des régimes précédents.

En le traitant comme un chef d’État majeur, Macron offre à Oligui une reconnaissance qui dépasse le simple cadre bilatéral. C’est un autre sésame pour siéger à la table des Nations influentes, dans la foulée de ses visites à Washington, Ankara, Pékin...

Par ailleurs, ce faste non fortuit répond bien à un calcul stratégique français peu ignoré. Alors que la France subit un recul d’influence palpable sur le continent – malmenée face à la percée fulgurante de puissances concurrentes comme la Chine, la Turquie, l’Inde, les États-Unis, le Brésil ou encore le Maroc – Paris voit en Libreville un acteur privilégié pour endiguer l’hémorragie.

Dès lors, les honneurs rendus à Oligui ne sont pas un simple geste d’amitié, ils incarnent une contre-offensive diplomatique. La France, qui a pris conscience des nouveaux équilibres mondiaux, utilise cette vitrine pour signifier aux autres puissances que le Gabon placé sous une ére nouvelle, reste un partenaire, un allié et pour prouver à ses propres détracteurs qu’elle est encore capable de maintenir les élites africaines dans son sillage, de capter des marchés sur le continent. Ce moment, porteur d’espoir, ne doit pas seulement témoigner de l’intérêt porté au chef de l’État réformateur et bâtisseur qu’ est Oligui. Il doit davantage incarner une promesse collective d'un peuple gabonais qui aspire à obtenir tout le soutien nécessaire dans ses efforts de développement, la consolidation de l’État de droit et l’amélioration du mieux-être des différentes couches sociales.

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Les accords de coopération paraphés à l’Élysée, venant s’ajouter à d’autres mémorandums, doivent désormais dicter le nouvel horizon des relations entre la France et le Gabon. L’enjeu crucial est là, faire en sorte que ces " petits soins " parisiens ne restent pas un simple baume diplomatique, mais qu’ils se traduisent en investissements concrets pour résoudre des problèmes cruciaux comme celui de l'eau pour lequel Suez s'est engagée, en transferts de compétences et en gages de souveraineté pour Libreville.

En recevant Oligui Nguema avec tous les honneurs, la France ne fait pas seulement le choix du présent, elle parie sur l’avenir franco-gabonais et franco-africain. Mais ce pari ne sera gagnant que si le protocole laisse réellement place à une vraie offre de partenariat équilibré, respectueux des aspirations profondes du peuple gabonais.

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