Ils surgissent de nulle part, armés de pages sur les réseaux sociaux, de vidéos virales et d’un verbe habile. En quelques semaines, leurs assemblées se remplissent. Derrière l’autel, un homme ou une femme. Autour de lui, des brebis égarées, des fidèles en quête de sens, de guérison spirituelle ou de prospérité. Mais dans l’ombre, trop souvent, des actes qui n’ont rien de divin.
Le phénomène des dérives au sein des églises de réveil n’est pas nouveau au Gabon. Mais il prend, ces dernières années, une ampleur qui interpelle. Des milliers de confessions religieuses prolifèrent sur le territoire national, sans agrément ni contrôle rigoureux de l’État. Les réseaux sociaux ont démultiplié le phénomène.
Les faits, eux, parlent d’eux-mêmes. En septembre 2022, le prophète Emmanuel Ndzoma, leader de l’église Synagogue du Gabon, est mis en cause après avoir prétendu avoir miraculeusement inoculé une grossesse à une fidèle en quête de maternité. Le ministère de l’Intérieur gèle les activités de son église, la Synagogue, sise à Owendo, avant son incarcération à la prison de Gros-Bouquet.
En octobre 2023, le pasteur Jean-Yves Boussougou de l'église du réveil "Jésus-Christ Espérance des Nations" (JCEN) est écroué à Gros-Bouquet pour viols répétés sur mineures de moins de 18 ans. L'homme de Dieu, accusé de viols sur cinq mineures au moins de son ministère depuis 2015, a été déféré après son audition par un juge instructeur du parquet de la République.
Novembre 2024, la mort suspecte du petit Daniel Kilian Boussougou, 3 ans, au sein de l’église Schekina à Owendo, plonge l’opinion dans la consternation. Son pasteur principal, Louis Mbadinga, sera condamné en décembre 2024 à 1 mois de prison, avec sursis.
En février 2026, c’est Joël Andy Poungou, leader du " Ministère de toutes les Nations ", qui est incarcéré à la prison centrale de Libreville, inculpé pour atteinte aux bonnes moeurs et violences physiques, après la diffusion virale de contenus obscènes et des accusations d’agressions sexuelles formulées par plusieurs jeunes femmes.
Plus récemment encore, les autorités ont procédé à l’arrestation du responsable de l'église VLR, Georges Olivier Mbazaboua, pour des faits présumés d'abus sexuels, escroquerie et manipulation. Ces affaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Beaucoup d’autres sont étouffées dans la discrétion, loin des caméras, au bénéfice des mis en cause. Au coeur de ces dérives, un ressort commun : l’exploitation de la vulnérabilité humaine. La théologie de la prospérité, ce discours qui promet les bénédictions divines en échange de dons financiers, constitue le vecteur principal de la manipulation.
" Donnez ce qui vous reste et vous verrez ce que Dieu fera pour vous". Ces formules martelées depuis les chaires transforment la foi en instrument d’enrichissement personnel. Face à cette réalité, la responsabilité est partagée. L’État se doit d’instaurer un cadre juridique rigoureux : enregistrement obligatoire des confessions, contrôle financier, sanctions exemplaires… Les organisations faîtières religieuses, de leur côté, ne peuvent plus se contenter d’une gestion passive. Il leur revient d’exercer une veille interne sérieuse et d’exclure sans ménagement ceux qui souillent leur communauté. Tant que le tri ne sera pas fait entre vrais pasteurs et charlatans, c’est l’ensemble des croyants qui paiera le prix de l’amalgame.
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