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Chroniques

[Miroir du gouvernement] - Port-Gentil face au reflet du pouvoir

Juste KOMBILE MOUSSAVOU, journaliste, Responsable Rubrique - Politique à L'Union

Il y a des coïncidences qui n'en sont pas vraiment. Le 17 septembre 2026, Port-Gentil devrait accueillir deux rendez-vous institutionnels majeurs : un Conseil des ministres délocalisé et une session du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Deux institutions différentes, deux ordres de responsabilité, mais un même président pour les présider et un même mot qui pourrait résumer cette journée : comptes. Pour ceux qui gouvernent, et ceux qui exercent la justice.

À Port-Gentil, le pouvoir pourrait donc se retrouver face à son reflet, trois mois après le dernier Conseil des ministres. Trois mois, c'est assez pour que des décisions aient produit des effets, pour que les populations commencent à demander des explications. Et des questions, il y en a. Les chantiers de Libreville dont la lenteur a récemment provoqué l'ire présidentielle, en sont une illustration comme celle observée dans la construction ou l'acquisition des sièges par les grandes entreprises réalisant un chiffre d'affaires d'au moins 2 milliards de FCFA. La Nyanga, avec ses chantiers inachevés, en est une autre. Et il y a cette question qui circule dans l'opinion autour des 7 milliards de FCFA annoncés pour l'Ogooué-Maritime durant la Transition. Où est passé l'argent ?

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La question, à elle seule, ne constitue pas une preuve de mauvaise gestion mais appelle ce qu'une démocratie devrait produire sans trembler : chiffres, réalisations, explications. Gouverner, ce n'est pas seulement annoncer. L'argent dépensé doit pouvoir être retracé. Le président de la République l'a lui-même rappelé, face à la lenteur desdits chantiers. Mais cette exigence ne saurait s'arrêter à Libreville. Port-Gentil ne doit donc pas être une simple escale présidentielle. Si cette délocalisation dit que le pouvoir veut regarder les territoires, regarder les territoires c'est aussi accepter que ceux-ci regardent le pouvoir en retour. Et Port-Gentil a beaucoup à dire.

Elle concentre une partie des urgences du pays : énergie, eau, infrastructures, activité industrielle, emploi. Le président de la République y sera attendu moins comme un chef d’État en déplacement que comme un arbitre venu confronter les engagements officiels à la réalité vécue par les citoyens. C’est sans doute, là que se situe le véritable enjeu de la réunion du 17 septembre car le déplacement du gouvernement vers les provinces ne prend véritablement son sens que si elles peuvent aussi, demander : "Qu'avez-vous fait de nos attentes ?"

Et le même jour, les magistrats seront face à leur propre responsabilité dans le cadre du CSM. Le symbole est fort. Des chantiers qui piétinent au prétoire, il y a finalement une étrange continuité entre les deux rendez-vous. La ville pourrait devenir le théâtre d'une démonstration de méthode. Si le Conseil des ministres permet d'apporter des réponses précises aux interrogations, le gouvernement aura transformé une journée institutionnelle en véritable exercice de responsabilité. Si le CSM traite les dossiers disciplinaires avec toute la rigueur, il pourra contribuer à renforcer la crédibilité de l'institution judiciaire.

Dans tous les cas, Port-Gentil sera peut-être, ce jour-là, le miroir dans lequel le pouvoir choisira de se regarder. Reste à savoir ce qu'il acceptera d'y voir, et ce qu'il fera de ce qu'il aura vu.

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