Longtemps restés dans un flou juridique, les créateurs de contenus, lanceurs d'alerte et activistes occupaient pourtant une place centrale dans l'espace public numérique. Une question revenait sans cesse : comment encadrer ces nouveaux acteurs sans les étouffer ? Le gouvernement semble désormais y répondre en leur attribuant un statut.
À travers une ordonnance portée par Germain Biahodjow, les pouvoirs de la Haute autorité de la communication (HAC) ont été substantiellement renforcés. Le texte reconnaît officiellement les métiers d'influenceurs, blogueurs et activistes. Ils sont désormais regroupés sous l'appellation d'" animateurs spécifiques ". Une première dans l'histoire du pays. Qu'il s'agisse de Moupita, La P'tite Dame, Aude Shary's, Roméo le MD, L'oeil de la NASA, Mr Wils ou encore Bitome et des autres, tous voient ainsi leurs activités entrer dans un cadre légal. Mais cette reconnaissance s'accompagne d'exigences. Le texte parle ainsi du respect de règles déontologiques strictes, du contrôle en cas de plainte et supervision conjointe de la HAC et de l'Agence de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep).
Le dispositif va plus loin avec la création d'une cellule nationale d'alerte informationnelle chargée de surveiller les contenus viraux et de coordonner la riposte publique en cas de risque majeur. Une régulation assumée à l'ère du numérique, où l'influence peut façonner l'opinion aussi vite qu'elle peut la désinformer. Mais cette avancée soulève la question de savoir s'il s'agit d'une protection ou d'un encadrement renforcé de la parole publique. Car derrière la reconnaissance, se dessine aussi un pouvoir accru de contrôle.
À titre de comparaison, la Chine a déjà franchi ce cap depuis plusieurs années. Les influenceurs y sont strictement encadrés, soumis à des licences, à une surveillance permanente et à des sanctions rapides en cas de dérapage. Si cette régulation a permis de structurer le secteur, elle est aussi régulièrement critiquée pour ses atteintes à la liberté d'expression.
Quoi qu'il en soit, le Gabon entre dans l'ère où le numérique cesse d'être une zone de non-droit. Reste à savoir si cet équilibre fragile entre reconnaissance et contrôle tiendra face aux exigences démocratiques.
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