Dans cinq semaines, les projecteurs du multilatéralisme se braqueront sur Xiongan, la "ville du futur" chinoise. Pékin y convoque les dirigeants du monde pour le Forum sur la nouvelle Initiative de gouvernance mondiale. Pour les 54 pays africains, l’enjeu dépasse le simple déplacement diplomatique : il s’agit de peser sur les règles du monde de demain.
Portée par le président chinois Xi Jinping, cette initiative propose une alternative au modèle occidental : un multilatéralisme "plus juste, plus inclusif et axé sur le développement".
Enfin réécrire les règles du jeu ?
À Lire aussi : Gouvernance Mondiale: L’Afrique face aux nouvelles opportunités chinoises
Depuis 80 ans, l’Afrique pèse 17% de la population mondiale mais dispose de moins de 3% des droits de vote au FMI et à la Banque mondiale. La proposition chinoise est claire : réformer la gouvernance globale pour donner plus de voix au Sud.
Pour les pays africains, participer à ce forum, c’est obtenir des sièges et un droit de veto plus représentatif au Conseil de sécurité de l’ONU ; c’est aussi défendre le principe de non-ingérence et de respect des choix de développement de chaque pays. Mais surtout, c’est passer du statut de bénéficiaire à celui de co-architecte des normes internationales sur le climat, le numérique et la sécurité.
L’enjeu économique : Connecter le Plan quinquennal chinois à l’Agenda 2063.
Le Forum coïncide avec le lancement du 15ᵉ Plan quinquennal chinois 2026-2030. Pékin a déjà annoncé que l’Afrique en serait un pilier.
Trois portes pourraient s’ouvrir. Premièrement, le commerce : confirmation et élargissement de la politique de zéro droit de douane pour 100% des produits des pays les moins avancés (PMA) africains. Un accès direct au marché de 1,4 milliard de Chinois.
Deuxièmement, l’industrialisation : financements et transferts de technologies pour les chaînes de valeur locales : batteries, agro-industrie, énergies renouvelables.
Enfin, les infrastructures : nouvelle phase de l’Initiative "Ceinture et Route" axée sur les corridors régionaux africains, les câbles numériques et les ports intelligents.
Mais en amont, parler d’une seule voix semble être le plus grand défi pour l’Afrique à Xiongan. La Chine reçoit 54 pays, mais le poids de l’Afrique ne comptera que si les organisations africaines arrivent avec des positions communes.
Vers une gouvernance "à visage africain" ?
La nouvelle gouvernance mondiale prônée par Xi Jinping met en avant la "communauté d’avenir partagée" et le "développement avant tout". Des concepts qui collent aux priorités africaines : sécurité alimentaire, industrialisation, stabilité.
Le Forum de Xiongan ne réglera pas tout. Mais pour l’Afrique, ne pas y être, ou y aller en ordre dispersé, c’est laisser d’autres écrire à sa place les règles du commerce, du climat et du numérique pour les 10 prochaines années.
random pub
