Toute chose qui lui vaut à l'internationale sincère admiration à cause de sa liberté de ton dans cette Afrique toujours à la recherche de son repère. Et un profond respect pour le Gabon.
En 50 ans d'existence, il n'a pas dévié de sa trajectoire. Au contraire, il poursuit la traque de tous ceux qui, incapables de changer de comportement, continuent de se rendre coupables des maux à l'origine de l'arriération de notre pays. Il faut dire que ce Billet d'humeur du Journal L'Union au ton ironique et acerbe rendu par une écriture impitoyable et tranchante, est tout de suite apprécié par l'ensemble de nos lecteurs. En effet, ils y découvrent un redresseur des torts, une sorte de Zorro chargé de protéger les faibles contre les forts. En fait, Makaya, depuis 50 ans est véritablement un activiste crédible et responsable. À la différence des "contemporains" qui, à travers les réseaux sociaux, versent dans la délation, la désinformation et le montage, lui Makaya détient les preuves de ce qu'il dénonce et fustige. Il le fait pour attirer l'attention des pouvoirs publics sur les auteurs des mauvaises pratiques susceptibles de mettre en péril la cohésion sociale, la paix sociale, la justice et le vivre-ensemble.
Il va falloir répondre aujourd'hui à deux questions que se posent nombre de ses lecteurs. Qui ou que sont les rédacteurs de Makaya ? N'est-il pas manipulé par certaines personnes à des fins partisanes ?
Au commencement, il y avait Radio-Gabon. Omar Bongo Ondimba, agacé et impuissant face aux comportements déviants de son entourage et surtout par ses fidèles compagnons de première heure, a trouvé génial de confier à la presse le soin de faire le sale boulot en dénonçant leurs comportements et autres abus dont ils sont les auteurs. Tout en garantissant aux "dénonciateurs" la protection et une sorte d'"immunité". Nous sommes au milieu des années 1960-1970. La construction de la Nation n'est pas achevée et l'unité nationale, un slogan. Le tribalisme, l'ethnisme, le clanisme et le régionalisme étaient les socles sur lesquels reposait la gouvernance. Et le président avait à coeur d’y mettre un terme. La radio présente dans tous les foyers même les plus reculés est mise à contribution pour informer et sensibiliser le peuple. Ainsi naît l'émission "Désinvolture" animée par trois journalistes de renom : Jean Obiang, Julien Loubendje et Jean Kondja. L'émission qui a dépassé les frontières nationales fait un tabac. Se sentant jetés en pâture, les principales cibles dont les hiérarques se mobilisent et finissent par convaincre le président des dangers de déstabilisation que court le régime avec cette émission. Il cède. Il a fallu attendre les "Dossiers de la RTG" au milieu des années 1980 pour renouer avec la critique des tenants du pouvoir. Mais auparavant, paraissait parallèlement un périodique auquel les pouvoirs publics avaient confié une mission similaire : "Le Patriote". Il était lui aussi virulent envers les tenants du pouvoir. Il osait, dans ses rares parutions par la volonté du "Prince", s'attaquer aux fidèles parmi les fidèles. Par exemple au Premier ministre Léon Mebiame que le rédacteur traitait de "Léon le m'enfoutiste qui s'intéressait à rien mais n'apparaît qu'à l'heure du Chivas". Ou bien titrait, "Les voleurs de la République" en faisant allusion au vice-Premier ministre Simon Essimengane, invitant ses ouailles, "Enrichissez-vous mes enfants car le royaume des cieux est incertain…" C'en était trop. Voilà comment "Le Patriote" mourut de sa belle mort.
Mais, Omar Bongo ne se décourage pas pour autant. Comme il aimait à le dire, "il dispose de plusieurs cordes à son arc". Il y a le Billet Makaya paraissant à la "Une" de L'Union pour poursuivre le job. Et il avait carte blanche pour la besogne. Il en avait le coffre. De plus, il paraît dans un Journal dont la renommée a largement dépassé les frontières. Makaya, à ses débuts était rédigé par les coopérants français constituant les 90 % du personnel. Pendant près de 4 ans, ils assurent le service avec prudence. Le PDG, parti unique dominant sans partage la vie politique gabonaise veillant au grain. Et le moindre dérapage de la part des rédacteurs pouvait coûter très cher : la rupture du contrat et le rappel immédiat de Paris. Tout change par contre avec l'arrivée des jeunes Gabonais, nationalistes intransigeants, ambitieux et portés par la rage d'en découdre avec qui que ce soit. Ils sont incarnés par Jean-Baptiste Obame Emane, Germain Ngoyo Moussavou et Louis De Dravo Ondenot. Albert Yangari les a découverts sur le terrain et pense qu'ils peuvent faire le job. Donner un souffle nouveau au Journal L'Union. Un matin de l'année 1984, Pierre-Célestin Ndong Ondo, alors directeur général adjoint, convoque les trois mousquetaires à son bureau en présence de Charles Minko Mbelé, directeur de la Rédaction. "Vous êtes désormais chargés de la Rédaction du Billet à partir d'aujourd'hui". Silence de cathédrale dans le bureau exigu. On se regarde comme pour dire, "on va faire comment ?"
Les deux premiers étant partis pour des fortunes diverses, je reviens à la Rédaction sollicité par le nouveau directeur de la Rédaction, directeur la publication, Lin-Joël Ndembet. Après une parenthèse de 12 ans, je suis de retour. Le directeur de la Rédaction, qui connaît parfaitement mes états de service, me remet à la tâche. Ce qui m'enchante grandement. J'étais dans mon élément. L'écriture et le ton changent. Il fallait s'adapter au changement intervenu à la tête de l'État. Et je fis mon job sous l'autorité du directeur de la publication qui, soit dit en passant, intervient rarement dans le contenu du Billet. Je jouissais d'une confiance aveugle de sa part, donc d'une liberté totale d'écriture. En fait, la censure, comme sous le règne d'Omar Bongo Ondimba, je ne l'ai jamais connue. Sauf en 1993 quand l'ambassadeur de France au Gabon, Louis Dominicci, est allé au domicile du chef de l'État pour se plaindre de ce que Makaya remet en cause la coopération bilatérale France-Gabon. Aussitôt, le président s'empare de son téléphone et m'appelle directement. Je décroche et je reconnais au bout du fil sa voix rauque. Il se fait menaçant et promet me mettre à la porte avant de raccrocher rageusement. Pris de panique, je joins immédiatement Albert Yangari. Celui-ci me rassure qu'il n'y a pas feu en la demeure. En fait, Omar Bongo Ondimba, surnommé Makaya d'honneur, savait que les faits rapportés par le Billet étaient avérés. Mais diplomatiquement, il fallait agir de la sorte afin de sauver les meubles. À partir de ce jour-là, il a estimé que j'étais celui qu'il lui fallait.
Trois événements m'ont marqué durant ces 45 ans d'activité. D'abord en 1990 où il nous a fallu réajuster le tir pour reconquérir notre lectorat plus attiré par une offre plus large et plus élaborée due au vent de liberté soufflé par ce "printemps" africain. Puis, en août 2016 avec les violences post-électorales qui, pour la première fois de ma carrière, m'ont profondément marqué. La foule furieuse du "hold-up électoral" perpétré par le pouvoir d'Ali Bongo Ondimba dont elle venait d'être victime, s'en est prise aux institutions de la République et aux personnes soupçonnées de soutenir le régime. À L'Union, leur cible c'était moi, coupable de rédiger des Makaya qui n'épargnaient que rarement l'opposition. Et pourtant, la majorité au pouvoir n'était pas épargnée. Cette tentative d'assassinat m'a beaucoup marqué. J'en ai souffert au point de vouloir tout lâcher. Mais, mes différents soutiens m'en ont dissuadé. Et le "coup de Libération" que j'avais souhaité dans un billet passé inaperçu, m'a donné raison…
L'artiste dit, "si tu chantes, si tu danses…, arrête-toi un moment". Moi, je n'arrête pas un moment. J'arrête. Heureux et fier d'avoir rendu à mon pays, le Gabon, ce qu'il m'a donné en faisant de moi ce que je suis, ce que je suis devenu. J'aurais bien voulu poursuivre ce noble combat contre l'injustice mais, à un certain moment, il faut savoir passer le témoin. Ce qui est fait aujourd'hui. La lutte continue…
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