L'Union . Lorsque vous êtes arrivé à la tête de l'Agence gabonaise de Sécurité alimentaire (Agasa) en 2024, vous avez dénoncé un système de corruption et de prédation. Vous avez affirmé avoir hérité d'une dette colossale de 938 millions de FCFA, pointé du doigt des pratiques de détournement et de clientélisme qui gangrenaient l'institution. Qu'en est-il aujourd'hui ? Qu'est ce que vous avez changé ?
-Jean Delors Biyogue Bi Ntougou : Il y a eu beaucoup d'améliorations car ce constat a fait appel à des mesures correctives et à la redéfinition d'un nouveau système opérationnel, appelé sous d'autres cieux réformes. Les mesures correctives adoptées ont essentiellement porté sur le redéploiement du personnel, dans le strict respect des profils et en procédant au changement des chefs de service qui étaient aux mêmes postes depuis une dizaine d'années ainsi que ceux aux mêmes postes depuis plus de cinq ans. Nous avons renforcé le système de recouvrement des recettes de l'Agence et élaboré un système de traçabilité du circuit financier axé sur la lutte contre les fraudes, à travers les paiements directs au Trésor. Nous avons, en gros, retourné le système à 360° en trois phases, pour ne pas créer une rupture brutale.
Et qu'est-ce que cela a produit comme effet ?
-Depuis ces réajustements opérationnels, nous remarquons une réelle amélioration des performances de l'Agence, notamment en matière d'inspection et d'évaluation des risques. Des progrès notables sont également à noter dans la mobilisation des ressources de l'Agence, grâce à des déclarations de plus en plus sincères. Pour illustrer mon propos, nos ressources sont passées de 1,9 milliard FCFA à 2,4 milliards FCFA en 2024, puis à 2,9 milliards FCFA en 2025. Les résultats du premier semestre 2026 confirment cette tendance. Nous avons encore du mal à freiner la progression de la dette sociale. Notre masse salariale est très élevée. Au niveau des ressources humaines, nous avons instauré un système de rationalisation des ressources humaines à travers le développement du programme dénommé "Agasa Compétence", qui consiste à faire désormais débuter les carrières à l'Agence par un stage académique, puis un stage professionnel, avant de proposer à l'étudiant un contrat à durée déterminée. Nous avons également lancé un programme de formation continue à l'interne. Grâce à ces initiatives, nous sommes sortis de la subjectivité et du clientélisme dans les recrutements et sommes désormais dans un système de recrutement axé sur la détection précoce des talents et la formation permanente axée sur le recyclage des agents. En 2025, nous avons mis 100 jeunes Gabonais en situation professionnelle et fait bénéficier 62 agents d'un programme de formation aux techniques de contrôle alimentaire dans des établissements de production, de transformation, de conservation et de commercialisation des produits et denrées alimentaires.
Des mésententes avec vos collaborateurs ont été évoquées dans la presse. Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre méthode de management a aggravé les tensions internes ?
-Il est vrai que les débuts ont été un peu compliqués. Nous avons connu, par exemple, une résistance farouche du Syndicat national des agents de l'Agasa, qui s'est caractérisée par la grande grève d'octobre 2025. Aujourd'hui, 90 % des effectifs reconnaissent que cette voie était la bonne. Ils sont fiers de ce que l'Agasa est en train de devenir. Cette amélioration est renforcée par la forte amélioration de la perception publique de l'action de l'Agence. Les tensions n'ont duré que six semaines, le temps pour les uns et les autres de comprendre le bien-fondé des réformes. La question que j'aurais à vous poser est la suivante : quand vous voyez les actions de l'Agasa sur le terrain, à Libreville comme à l'intérieur du pays, avez-vous le sentiment qu'elle est menée par des agents qui n'adhèrent pas à une vision (rires) ? Nous avons atteint un niveau de performance très élevé dans la délivrance de nos missions régaliennes. Notre expérience en matière de régulation et de surveillance alimentaire est sollicitée dans plusieurs pays frères et nous donne voix au chapitre lors des rencontres internationales. Le Gabon peut en être fier.
Permettez-nous d'insister sur ce point. Pourquoi certaines décisions de gestion, notamment sur l’intérim et la chaîne de commandement, ont-elles créé autant de controverses ? Relevaient-elles d’un vrai malaise social ou d’une résistance aux réformes ?
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-Ces débuts ont suscité de nombreuses discussions, principalement liées aux ajustements nécessaires lors de la mise en place d'une nouvelle dynamique de travail. Il a d'abord fallu clarifier les rôles et le cadre statutaire au sein de la direction, afin de garantir une chaîne de décision fluide et efficace, indispensable à la bonne marche de l'Agasa. Comme dans toute phase de structuration, des approches différentes ont émergé au départ quant à la répartition des initiatives et au respect rigoureux des procédures vis-à-vis de nos partenaires économiques. Dans ce contexte de transition, le choix de confier temporairement certaines représentations institutionnelles à des profils transversaux (à l'instar de la déléguée qualité, fortement investie dans la mise en oeuvre du Plan triennal) répondait au besoin de mobiliser toutes les expertises disponibles pendant que les directeurs techniques se concentraient sur des dossiers urgents. Si cette organisation a suscité des interrogations légitimes, elle s'inscrivait dans une volonté de décloisonner les compétences. Les discussions et les hésitations de cette période traduisaient le temps d'adaptation naturel propre à tout processus de réformes. Loin d'être une rupture, cette étape a permis à la direction et aux collaborateurs d'approfondir le dialogue, d'harmoniser les méthodes de travail et de bâtir une confiance mutuelle. Heureusement, le temps semble aujourd’hui confirmer les décisions prises, au regard des performances actuelles de l’Agence. Même si tout n'est pas encore parfait.
On a encore en mémoire l'affaire qui a opposé une jeune commerçante gabonaise à la Sobraga. Quels sont les mécanismes concrets et systématiques mis en place par l'Agasa pour garantir la traçabilité et la conformité sanitaire des produits alimentaires, notamment importés, avant leur mise sur le marché ?
-L'affaire des boissons de la Sobraga détruites en France ne nous concerne pas. C'est une opération commerciale qui a mal tourné. Cependant, cet incident a ouvert au sein de l'Agence une réflexion sur les normes alimentaires applicables au Gabon. Notre pays ne disposant pas de normes alimentaires propres, nous avons recours aux normes de l'OMS et de la FAO. Cette absence de normes propres sera, dans les jours à venir, comblée par des directives de l'Agasa. Cela s'impose aujourd'hui comme une nécessité stratégique dans un contexte marqué par la volonté des plus hautes autorités, particulièrement le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de voir les produits "Made in Gabon" envahir le marché régional.
Votre mot de fin ?
-J'invite simplement les populations à travailler la main dans la main avec nous, comme elles le font déjà si bien dans le cadre de la surveillance alimentaire. Beaucoup nous contactent via notre numéro vert et notre numéro WhatsApp pour nous signaler des cas de dégradation. Cela nous réjouit, et l'Agasa, par ma voix, les en remercie.
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