Qu'on ne s’y trompe pas. L’élection d’Eugène Mba à la tête de la mairie de Libreville n’est pas d'abord une histoire de réconciliation ou de consensus mou. C’est avant tout une démonstration d’autorité que le président Brice Clotaire Oligui Nguema vient de placer au coeur du jeu politique local, là où quelques semaines plus tôt régnaient le blocage, les rivalités personnelles, une ambiance délétère et une majorité municipale éclatée.
La situation était préoccupante car, au sein du parti présidentiel, les conseillers municipaux ne parvenaient plus à s’entendre. Budget primitif rejeté, initiatives paralysées, fonctionnement municipal presque au point mort. Un quasi désordre ambiant, des factions s’affrontaient, des ambitions personnelles prenaient le pas sur l’intérêt général, et la mairie, poumon de la capitale, se transformait déjà, comme souvent, en champ de bataille interne. Tous les ingrédients d'une crise politique et disciplinaire étaient réunis.
Face à ce tableau un tantinet surréaliste, il fallait un holà présidentiel direct. Et le président Oligui Nguema a fait ce qu'il fallait, puisque la convocation de la majorité municipale a bien sonné le départ du maire sortant, Pierre Matthieu Obame Etoughe, désigné son successeur. Sans débat stérile, ni de compromis à l’aveugle. Mais, juste à partir d'un arbitrage clair et sans appel. La leçon salutaire à tirer de cet épisode est qu'un parti présidentiel comme l'Union démocratique des bâtisseurs (UDB) ne se gouverne pas sans la main ferme de son leader, avec une majorité locale qui se fragmente, des égos souvent surdimentionnés qui s’entre-dévorent, bloquent toute la municipalité. En tranchant dans le vif, Oligui Nguema a rappelé aux membres de sa formation politique que l’imperium, l’autorité présidentielle est le ciment qui empêche l’édifice de vaciller.
Ce message de fermeté ne s’adresse pas seulement au nouveau maire, Eugène Mba, qui doit sa légitimité autant à l’investiture présidentielle qu’aux suffrages locaux. Il s’adresse surtout à tous ceux qui, au sein de cette majorité, auraient été tentés d’oublier que la discipline n’est pas une option. Elle s'impose à tous. Désormais, malgré les divergences qui peuvent surgir en leur sein, on ne transige pas avec l’unité sous l’arbitrage du président du parti pour sortir de l’ornière et de l’immobilisme dans laquelle plongeait inexorablement la mairie de Libreville, asphyxiée par des services qui déraillaient et des querelles de clochers dont elle n'avait nullement besoin.
Au demeurant, la crise refermée, l'autorité consolidée, Eugène Mba, choisi pour son expérience, son sens de la responsabilité et sa pondération, peut maintenant entamer la gestion de la Cité. Son élection bien plus qu’une simple passation de pouvoir local, est bien un test réussi d’autorité présidentielle sur son propre camp. Une démonstration qui prouve que, dans les moments de crise, un arbitrage au sommet sauve ce que les compromis en dessous n’ont pas pu ou su préserver.
De ce point de vue, les conseillers municipaux, les cadres du parti doivent retenir que dans la capitale gabonaise comme ailleurs, l’autorité du chef n’est pas une vue de l'esprit, elle s’exerce pleinement. Et quand elle s’exerce, elle ne fait pas de quartier, pour reprendre une expression martiale bien connue.
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