La recherche scientifique : outil pour la lutte contre le réchauffement climatique

La recherche scientifique : outil pour la lutte contre le réchauffement climatique

APRÈS avoir réintégré les États-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat, le président Joe Biden a invité 40 dirigeants mondiaux, triés sur le volet, à participer du 22 au 23 avril 2021 à un Sommet sur le Climat

APRÈS avoir réintégré les États-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat, le président Joe Biden a invité 40 dirigeants mondiaux, triés sur le volet, à participer du 22 au 23 avril 2021 à un Sommet sur le Climat. L’enjeu de ce sommet était de pousser les principales économies de la planète à accélérer leurs efforts de lutte contre le changement climatique.

Parmi ces chefs d’État, le président de la République gabonaise, S.E.M. Ali Bongo Ondimba, dont le pays préside le Groupe africain des négociateurs sur les changements climatiques, a fait une intervention dans laquelle il a rappelé que la lutte contre le changement climatique doit être non seulement une priorité mondiale, mais également une opportunité de développement pour l’Afrique. C’est pourquoi le Gabon met tout en œuvre pour bâtir une économie verte, basée sur l’utilisation rationnelle de ses ressources forestières, avec pour objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2 030.

En effet, le Gabon a fait, au cours des deux dernières décennies, des efforts importants pour gérer durablement son massif forestier, préserver et conserver sa biodiversité. Le gouvernement gabonais a notamment créé 13 parcs nationaux et mis les grands moyens pour lutter contre l’exploitation forestière illégale et le braconnage de la grande faune, notamment des éléphants.

Cependant, les efforts vertueux de gestion durable des ressources forestières, de préservation et de conservation de la biodiversité du Gabon risquent d’être menacés si les grands pays pollueurs ne réduisent pas significativement leurs émissions des gaz à effet de serre. C’est pourquoi l’urgence s’impose dans l’accélération de cette lutte contre les changements environnementaux globaux si on veut maintenir la biodiversité et les services écosystémiques que nous procurent les forêts du bassin du Congo.

Une base de données régionale de six millions d’arbres d’inventaires forestiers

Car, les forêts d’Afrique centrale sont vulnérables aux changements globaux. C’est le sens de l’étudei publiée dans la revue Nature le 21 avril 2021 qui révèle que la composition des forêts tropicales d’Afrique centrale est extrêmement vulnérable à l’augmentation des pressions climatiques et humaines attendues dans les prochaines décennies.

En collaborant avec les bureaux d’études et les concessionnaires forestiers, nous avons assemblé les données de plus de six millions d’arbres provenant des inventaires forestiers répartis dans cinq pays d’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, République centrafricaine, Congo-Brazzaville et République démocratique du Congo).

Ce jeu de données d’inventaires forestiers nous a d’abord permis de déterminer les compositions floristique et fonctionnelle des forêts et d’établir une cartographie transnationale précise des principaux types des forêts d’Afrique centrale. Ensuite, l’évolution des types de forêts a été prédite en utilisant des modèles statistiques et leur vulnérabilité déduite en tenant compte des scénarios climatiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et des projections démographiques des Nations unies attendues pour la fin du siècle.

Les experts du GIEC prévoient qu’au rythme actuel des émissions des gaz à effet, la température moyenne de la planète va au minimum augmenter de 1.5 à 3.5°C en 2 085. Par ailleurs, des projections démographiques des Nations Unies prévoient un triplement de la population de la région à la fin du siècle.

La forêt d’Afrique centrale, second massif de forêt dense humide au monde et deuxième poumon vert de la planète, n’est pas un tapis vert homogène. L’étude citée plus haut a montré que le massif forestier de la région présente une très grande diversité des forêts qui s’explique par les différents types de climats (humidité, température, évapotranspiration, saisonnalité et quantité de pluies), de sols, par l’histoire de la flore africaine, mais également par l’ampleur des activités anthropiques qui s’exercent dans la région depuis des millénaires.

L’étude a surtout révélé que les zones les plus vulnérables au changement climatique et aux pressions humaines à venir sont les marges forestières du Nord et Sud de la région, les forêts atlantiques et la plupart des forêts de la République démocratique du Congo.

Le réchauffement climatique : une menace pour les forêts à Okoumé

La vulnérabilité des forêts atlantiques est une menace majeure pour l’économie du Gabon. Les forêts atlantiques, qui couvrent les deux tiers du Gabon, sont majoritairement composées d’Okoumé, arbre emblématique de l’industrie forestière, utilisé principalement pour la production de feuilles de plaquage et de contreplaqués.

Rappelons que le secteur bois du Gabon (exploitation forestière et industrie du bois) contribue significativement à la création des emplois et de la richesse nationale. (Cette contribution a été de 3.3 % du Produit intérieur brut (PIB), en 2019, pour une valeur ajoutée estimée à 321,5 milliards de F.CFA.

Arbre endémique des forêts atlantiques la répartition géographique de l’Okoumé est principalement déterminée par la nature des deux saisons sèches du climat équatorial.

En effet, il n’y a pas d’Okoumé dans la forêt recouvrant une grande partie de la province du Woleu-Ntem, notamment la zone au-delà de Mitzic, en allant vers Oyem et Bitam, et la province de l’Ogooué-Ivindo (axe Ovan-Makokou-Mékambo et Makokou-Okondja), car la quantité de pluies durant la petite saison sèche (de janvier à février) serait insuffisante pour permettre aux graines d’Okoumé, qui tombent au sol au cours de cette période, de germer et pousser naturellement.

Les forêts à Okoumé gardent, par ailleurs, toute l’année leur feuillage (on parle de forêt sempervirente), alors que dans le nord et le nord-est du pays beaucoup d’arbres perdent leurs feuilles durant la grande saison sèche (de juin à septembre). La perte de tout ou partie des feuilles pendant la saison sèche est une stratégie que beaucoup d’arbres ont adoptée pour résister au stress hydrique engendré par l’absence de pluies durant cette période sèche. Le caractère sempervirent (toujours vert) des forêts à Okoumé résulte du fait que la grande saison sèche est marquée par un couvert nuageux extrêmement dense qui limite l’augmentation de la température au sol et réduit ainsi significativement le stress hydrique des plantes.

En conséquence, si le réchauffement climatique change les caractéristiques des deux saisons sèches, la répartition géographique et la densité d’Okoumé dans les forêts atlantiques seront considérablement modifiées, ce qui risque d’affecter la durabilité du modèle d’exploitation forestière basée sur cette espèce, et donc d’engendrer une baisse des recettes d’exportation.

Il est important de rappeler que les forêts tropicales d’Afrique centrale constituent un réservoir immense de biodiversité et jouent un rôle important dans la régulation du climat de la planète en contrôlant les cycles d’échange entre la terre et l’atmosphère. En effet, les arbres ainsi que toutes les autres plantes vertes qui composent cet immense tapis vert puisent chaque année dans l’atmosphère d’énormes quantités de gaz carbonique qu’ils transforment en bois, feuilles et autres matières organiques végétales.

En revanche, lorsque la forêt est défrichée, soit pour faire de l’agriculture itinérante sur brûlis (le principal mode de culture vivrière en Afrique centrale), ou pour exploiter le bois ou créer des plantations agro-industrielles, il y a émission dans l’atmosphère de gaz carbonique et de méthane, qui sont les deux principaux gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique mondial.

Les études scientifiques récentes montrent que, contrairement aux forêts amazoniennes, les forêts d’Afrique centrale sont aujourd’hui un énorme puits de carbone, car elles stockent plus de carbone qu’elles n’émettent de gaz à effet de serre.

Mais cette balance positive en carbone et en biodiversité, qui est un atout majeur pour soutenir la position de l’Afrique centrale lors des négociations internationales de la Convention-Cadre des Nations unies sur le changement climatique (CNUCC) ayant lieu tous les deux ans dans le cadre de la Conférence des Parties (COP), ne se maintiendra à long terme que si le climat de la planète reste stable.

Rappelons que lors de la 21e Conférence des Parties (COP21) organisée en France en 2015 et ayant abouti à l’Accord de Paris sur le climat, tous les États membres de l’ONU signataires de l’accord ont accepté de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1.5°C. Le Gabon, qui a ratifié l’Accord de Paris en 2016, a été le premier pays à soumettre son Plan d’action climat destinée à réduire de moitié ses émissions des gaz à effet de serre.

Leadership du président Ali Bongo Ondimba dans la lutte contre le réchauffement climatique

En novembre 2021, à Glasgow (Écosse), où sera organisée la 26e convention des parties (COP26) sur le changement climatique, notre pays portera la voie de l’Afrique et soutiendra sans nul doute que l’Afrique, qui n’est ni à l’origine du réchauffement climatique ni une émettrice importante de gaz à effet de serre, est le continent le plus exposé au réchauffement climatique. Cette position des pays africains sera confortée par des faits scientifiques, mis sur la table par des chercheurs de haut niveau qui travaillent de manière acharnée pour produire de solides connaissances, et proposer des solutions efficaces pour faciliter l’adaptation des populations les plus vulnérables et comprendre la résilience des écosystèmes au changement climatique. Il est dès lors absolument important que des investissements financiers conséquents soient consacrés, sur le long terme (10 à 20 ans), à la recherche pour que les scientifiques continuent à collecter les informations et analyser les données permettant d’enrichir continuellement nos connaissances en la matière. L’action et le leadership des dirigeants africains, en tête desquels le président de la République Ali Bongo Ondimba, pour défendre les intérêts vitaux de nos pays sont à ce prix.

En tant que citoyens du monde, nous devons tous accentuer la pression sur les pays les plus industrialisés, responsables de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, afin qu’ils participent de manière active à la réduction de leurs émissions de carbone, et surtout qu’ils financent des initiatives permettant d’aider les économies des pays les plus vulnérables à s’adapter au changement climatique.

*Commissaire général du Centre national de la recherche scientifique et technologique (Cenarest) et représentant du Gabon au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).



Pr Alfred NGOMANDA*



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